Kals

Pages: 20 (4961 mots) Publié le: 17 février 2012
Poésie et Résistance

La première des résistances est dire « Non ». En cela, la parole précède toute prise d’arme. Elle doit aussi accompagner le combat pour qu’il ne sombre pas dans la bestialité et préserve la dignité. Des poètes ont pris les armes mais n’ont pas oublié les mots. Chacun trouvera, dans les textes suivants, de quoi offrir à ses élèves un réseau autour des Chemins de la Mémoire.Eugène Guillevic

Bretagne

Il y a beaucoup de vaisselle,
Des morceaux blancs sur le bois cassé,

Des morceaux de bol, des morceaux d'assiette
Et quelques dents de mon enfant
Sur un morceau de bol blanc

Mon mari aussi a fini
Vers la prairie, les bras levés,
Il est parti, il a fini

Il y a tant de morceaux blancs,
De la vaisselle, de la cervelle
Et quelques dents de monenfant;

Il y a beaucoup de bols blancs,
Des yeux, des poings, des hurlements,

Beaucoup de rire et tant de sang
Qui ont quitté les innocents.

Yvan Goll

La Grande Misère de France

Nous n'irons plus au bois ma belle
Les lauriers sont coupés les ponts
Aussi : les arcs-en-ciel
Et même le pont d'Avignon

Jeanne d'Arc mortelle statue
Un peu de bronze ensanglanté
Dans cette France quis'est tue
Ton coeur a cessé de chanter

Jeanne dans sa jupe de bure
Assise sous les framboisiers
Se prépare une confiture
Avec du sang de cuirassiers

La poule noire des nuages
Pond les oeufs pourris de la mort
Les coqs éplumés des villages
N'annoncent que les vents du Nord

Car l'aube avait du plomb dans l'aile
Et le soleil est un obus
Qui fait sauter les citadelles
Et les lilas surles talus

Le ciel de France est noirci d'aigles
De lémures et de corbeaux
Ses soldats couchés dans les seigles
Ignorent qu'ils sont des héros

Ni Chartres, ni Rouen, ni Bruges
N'ont assez d'anges dans leurs tours
Pour lutter contre le déluge
Et les escadres de vautours

Taureau chassé des pâturages
Et du silence paternel
Devant la pourpre de l'outrage
Perd tout son sang au grandsoleil

Il perd son sang par ses fontaines
Par ses veines par ses ruisseaux
Il perd son sang par l'Oise et l'Aisne
Par ses jets d'eau par ses naseaux

Les douze soeurs de ses rivières
Aux bras cambrés aux noeuds coulants
Dénouent leurs lacets et lanières
Pour se jeter à l'océan

Buvez buvez guerriers ivrognes
Les vins fermentés de la peur
Les sangs tournés de la Bourgogne
Les alcoolsamers du malheur

Les bières gueuses de la Meuse
Et les vins platinés du Rhin
Les sources saintes des Chartreuses
Et les absinthes du chagrin

Les larmes qui de chaque porte
Ont débordé sur le pays
Les eaux de vie et les eaux mortes
Grisantes comme le vin gris

Nous n'irons plus au bois ma belle
Les lauriers sont coupés les ponts
Aussi : les arcs-en-ciel
Et même le Pont d'Avignon.Jean Prévost

Le Petit Testament

Claude, si la guerre incertaine
Un de ces beaux matins m'emmène
Les pieds devant,
N'écris pas mon nom sur la terre
Je souhaite que ma poussière
S'envole au vent.

Pas d'étendard avec ma chiffe
Que l'officiel et le pontife
Taisent leur bec;
Vous-mêmes, ce matin d'épreuve,
Mes trois enfants, et toi ma veuve
Gardez l'oeil sec.

Pas un regret nem'importune.
Je suis content de ma fortune.
J'ai bien vécu.
Un homme qui s'est rempli l'âme
De trois enfants et d'une femme
Peut mourir nu.

Veux-tu que mon ombre s'égaie
Qu'un canot à double pagaie
Porte mon nom,
Qu'il ait un mât, voile latine,
Le nez léger, l'humeur marine
Et le flanc blond.

Tu sais comment j'aimais la vie.
Je détestais la jalousie
Et le tourment.
Si les mortsont droit aux étrennes
Je veux qu'au bout de l'an tu prennes
Un autre amant.

Jean-Pierre Rosnay

France

Ils disaient tous Ma France ou la France éternelle
Et chacun te prenait un peu de plume à l'aile
Mais quand l'ennemi arriva
Les guérites étaient là
Mais plus les sentinelles

Ils disaient tous Ma France ou la France éternelle
Moi je t'aimais et je ne disais rien,
Je n'avais...
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