Keynes

Pages: 11 (2708 mots) Publié le: 24 novembre 2012
dossier

Rétablir la confiance dans le système financier

La revanche douce-amère de John Maynard Keynes
Par Karim Emile Bitar
Cyrano de Bergerac 1999 Président de KB Consulting Group Chercheur associé à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS)

La crise économique qui a éclaté en 2008 a montré les limites des logiques monétaristes et des politiques de dérégulationqui prédominaient depuis la fin des années 1970. L’on a assisté à un retour en grâce des idées keynésiennes et les États, parfois contraints et forcés, ont recommencé à jouer un rôle de premier plan. Le paradoxe vient toutefois du fait que ce sont surtout les États-Unis et la Chine qui ont lancé d’ambitieux plans de relance pour soutenir la demande intérieure. L’Europe de Keynes semble au contraireavoir choisi des politiques de rigueur. Si elle peut apparaître nécessaire compte tenu de l’ampleur des déficits, l’austérité risque néanmoins d’accentuer certains effets de la crise.

écédé en septembre 2009, Irving Kristol, journaliste très influent qui fut trotskyste avant de devenir le parrain intellectuel du néoconservatisme, avait été l’un des premiers à sonner le glas des « trentekeynésiennes ». Dans un article publié le 9 mai 1977 dans le Wall Street Journal, et intitulé « Toward a ‘New’ Economics ? », il soulignait qu’une nouvelle approche de l’économie était en train d’émerger, fondée sur la critique du keynésianisme par l’école monétariste, critique ensuite poursuivie de façon hétérodoxe par des économistes comme Robert Mundell et Arthur Laffer. Cette école, écrivait Kristol,« est encore embryonnaire et le monde ne l’a pas encore vraiment remarquée. » Ce qui n’empêchait pas Kristol, prescient, de poursuivre : « Il est difficile de surestimer l’importance du fait que, pour la première fois en un demi-siècle, c’est la philosophie économique des conservateurs qui montre des signes de vigueur intellectuelle, tandis que la philosophie économique des libéraux1 continue des’empêtrer dans des nœuds gordiens ». À une époque où les économies occidentales étaient marquées par la stagflation, Kristol concluait : « La principale préoccupation, et de loin, de cette nouvelle économie est la nécessité de diminuer les impôts, partout et de façon significative, car c’est le niveau élevé des taux d’imposition qui étouffe les incitations à la croissance ».

D

Tauxd’imposition : d’un extrême à l’autre
On a aujourd’hui tendance à oublier que les taux d’imposition alors en vigueur dans la plupart des pays européens et même aux États-Unis battaient des records. À la fin des années 1950, dans le « pays phare du monde libre en lutte avec le communisme », dans l’Amérique

du républicain Eisenhower, le taux marginal d’imposition pour la catégorie supérieure était de 91 %! Ce taux atteignait encore 70 % sous le mandat de Richard Nixon. En Grande-Bretagne, le gouvernement de James Callaghan (1976-1979) avait fixé un taux maximal d’imposition quasiment confiscatoire, puisqu’il atteignait 96 %. Autodidacte influencé par les idées de l’économiste socialiste Harold Laski, Callaghan trouvait tout à fait naturel que les catégories les plus favorisées contribuentlourdement à la solidarité nationale, à travers des impôts sur les grandes fortunes ou sur les plus hauts revenus. Si un réajustement était bien évidemment nécessaire pour relancer l’esprit entrepreneurial et l’innovation, on était loin de s’attendre à ce que la bascule aille aussi loin dans le sens opposé. Plus qu’un simple changement de paradigme, c’est un véritable changement d’univers qui s’estopéré. L’attribution du prix Nobel d’économie à Milton Friedman en 1976, l’élection de Margaret Thatcher en 1979 puis celle de Ronald Reagan en 1980 allaient enclencher un processus de dérégulation à outrance. Les années 1980 furent celles de l’argent roi, et si le film d’Oliver Stone, Wall Street (1987), eut tant de succès, c’est que son personnage principal, le désormais célèbre Gordon Gekko,...
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