La crise

7957 mots 32 pages
ANTHROPOLOGIE DE LA CRISE FINANCIERE
Bernard IBAL, Professeur au Groupe ESC Clermont. en partenariat avec Andrés ATENZA, Directeur Groupe ESC Clermont

La crise financière est-elle une crise financière ? Est-elle un accident de parcours ? une erreur d’aiguillage dans l’histoire ? A entendre les politiques et les économistes, tout porte à croire qu’il s’agit d’une mauvaise gestion de la mondialisation libérale et de manquements graves à l’éthique. Les hommes ont mal usé de leur liberté et mal assumé leur responsabilité. Il suffit d’un sévère rappel à l’ordre éthique et juridique de la raison et la crise devrait s’estomper. Mais personne ne se demande si, plus dangereusement et plus profondément, la raison humaine ne serait pas elle-même « perverse » au point d’entraîner l’humanité dans le désarroi. Saussure, Lacan et Lévi-Strauss ne nous ont-ils pas appris que l’homme est asservi à des structures symboliques qui guident ses comportements ? Or l’ordre monétaire et l’ordre financier sont avant tout des ordres symboliques. Dans ce cas, la soi disant crise financière ne serait pas une crise accidentelle, mais la résultante incontournable de la nature profonde de l’homme et de ses structures symboliques. « Les symboles monétaires et financiers sont plus réels que ce qu’ils symbolisent » pourrait-on dire en plagiant Lévi-Strauss. Dans ce cas, aucune mesure économique, aucune décision politique ne peut donc avoir prise sur cette réalité anthropologique irréfragable.

I)

Anthropologie classique : tenter de contrôler l’intérêt égoïste par la raison universelle. A qui la faute ? Voilà bien une question de l’humanisme classique : il nous faut un coupable. Pour Descartes, il n’y a guère de place pour l’erreur car la raison bien utilisée ne saurait se tromper. La défaillance ne peut être qu’une faute : la volonté ne s’est pas tenue « dans une ferme et constante résolution » de suivre la voie de la raison (formule répétée dans toute son œuvre ) . Par sa liberté, l’homme a

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