La folie des ancciens maître

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Toujours affamés et malpropres dans leurs écoles; que dis-je, des écoles? Ce sont plutôt des laboratoires, ou mieux encore des galères et des prisons; au milieu d'une cohue d'enfants, ils meurent de fatigue, sont assourdis par le vacarme, asphyxiés par la puanteur et l'infection, et cependant, grâce à moi, ils se croient les premiers des hommes. Sont-ils contents d'eux-mêmes quand, d'une voix et d'un air menaçants, ils éprouvent leurs marmots tremblants, qu'ils déchirent ces malheureux à coup de férule, de verges et de fouet, et qu'ils se livrent à mille accès de fureur!...
Mais la haute opinion qu'ils ont de leur savoir les rend encore bien plus heureux. Quoi- qu'ils farcissent la tête des enfants de pures extravagances, ils se croient infiniment supérieurs aux Palémon et aux Donat. Ils ensorcellent je ne sais comment les mères sottes et les pères idiots, qui les acceptent pour ce qu'ils se donnent. Je connais un homme versé dans toutes les sciences, sachant le grec, le latin, les mathématiques, la philosophie, la médecine, et tout cela à fond; il est reséqué sexagénaire et, depuis plus de vingt ans, il a tout laissé pour se casser la tête dans l'étude de la grammaire. Tout son bonheur serait de pouvoir vivre assez longtemps pour établir ah juste la distinction des huit parties du discours, chose que jusqu'a présent, ni chez les Grecs, ni chez les Latins, personne n'a su faire parfaitement. Comme si c'était un cas de guerre que de prendre une conjonction pour un adverbe!
Appelez cela insanité ou folie, comme vous voudrez, cela m'est égal, pourvu que vous reconnaissiez que, gr pace à mes bienfaits, l'animal la plus malheureux de tous goûte un tel bonheur qu'il ne voudrait pas échanger son sort contre celui des rois de

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