la mare au diable

Pages: 217 (54062 mots) Publié le: 14 janvier 2014
PRÉFACE

© Éditions Gallimard, 1973.

Ceux qui sont capables de lire George Sand sans
parti pris, et qui savent avec quelle justesse elle a parlé
des Contemplations, des Chansons des rues et des
bois ou de L'Éducation sentimentale, sont convaincus
de la lucidité de son regard critique.
En 1852, parut une édition populaire illustrée de
ses romans, pour laquelle elle rédigea des notices.La
notice de La Mare au Diable mérite de retenir notre
attention. « Je sais mieux que personne à quoi m'en
tenir sur mes propres desseins », y est-il dit d'une façon
péremptoire... « Je n'ai voulu ni faire une nouvelle
langue, ni me chercher une nouvelle manière. »
Pourquoi alors tant de commentateurs ont-ils affirmé
que le cycle inauguré par La Mare au Diable représentait une nouvellemanière ? On devine aisément
que ces bien-pensants se sentent soulagés. Ils savent
gré à la militante de renoncer à la propagande socialiste
pour en venir à la pratique inoffensive de l'idylle
rustique. Mieux encore : on assisterait dans le roman
même à cette mue. Les erreurs passées, grâce à Dieu,
ne s'étendent pas au-delà du Prologue. Sainte-Beuve
qui, à lire cette Préface, éprouvait quelquescraintes:

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Préface

Préface

« Je tremble toujours quand je vois une idée philosophique
servir d'affiche à un roman », et qui surtout condamnait
comme déclamatoires les apostrophes ou allusions aux
oisifs, n'a plus, quand l'idylle commence, qu'à louer
et s'émerveiller. G. Sand semble donc s'affranchir
de l'influence néfaste de Leroux, pour s'en tenir, sinon
à desberquinades, du moins à la voie bien tracée de
la culture classique, à l'imitation de Virgile ou de
Théocrite. Cette réaction bien-pensante est absurde.
Non seulement on ne peut opposer roman socialiste
et roman champêtre ou berrichon; mais encore, comme
l'observe nettement P. Salomon, « c'est par le socialisme
que G. Sand a été conduite au roman champêtre; sans
P. Leroux, il n'y aurait probablementpas eu La Mare
au Diable ».
G. Sand aimait le Peuple, le peuple qui n'était pas
pour elle une notion abstraite, mais avait pris le visage
précis et proche du paysan berrichon. Plaider la cause
du peuple auprès des bourgeois dans des romans
humanitaires, tel est le rôle qu'elle s'attribuait : « le
roman d'aujourd'hui devrait remplacer la parabole »
— comprenons que le roman est le nouvelévangile.
Qu'elle se tournât vers le passé, qu'elle se tournât vers
le présent, tout semblait exiger de la façon la plus pressante qu'elle persistât à jouer un rôle providentiel.
Nous ne mettrons pas en doute son témoignage,
lorsqu'elle place à l'origine de son roman le choc
qu'elle ressentit devant une gravure de Holbein de la
série Les Simulachres de la mort et qui représentait
un squeletteharcelant l'attelage d'un laboureur.
L'image archaïque ne pouvait qu'indigner la militante
endoctrinée par Leroux : quelle vision du monde

abominable! Que Von rappelle aux riches « la fatale
loi », si ce rappel peut les détourner de l'égoïsme,
passe encore; mais qu'à l'humanité souffrante soit
proposée, non pas même la pseudo-consolation d'une
compensation future, mais l'image atroce de lamort
associée au travail, « cela ressemble à une malédiction
amère lancée sur le sort de Vhumanité ». Le romancier
moderne ne saurait perpétuer cette vue ténébreuse;
il se doit d'exalter la vie, d'affirmer que la vie est bonne,
que le travail, « sainte loi du monde », est joie et beauté.
C'est pourquoi dans un bel effet de rhétorique, elle
oppose à la gravure ancienne la chose vue, lecrescendo
des trois attelages de deux, quatre, huit bœufs, le dernier — « magnifique » — progressant escorté, non plus
par le hideux squelette, mais par un enfant beau comme
un ange.
Or, G. Sand constate avec une inquiétude qui n'est
pas feinte que les romanciers de son temps, au lieu de
favoriser l'essor de la vie et de l'amour par la réconciliation des classes sociales, adoptent une...
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