La noblesse

Pages: 9 (2041 mots) Publié le: 29 septembre 2013
Cet article s’interroge sur la place réservée à la critique d’art dans un espace médiatique qui est soumis aux logiques économiques de l’industrie culturelle. Qu’est-il advenu de cette critique d’art depuis le développement de la grande presse capitaliste et depuis que les biens culturels sont produits de manière industrielle ? Quelle est sa place dans ces nouveaux espaces publics, largementdominés par les objectifs de rentabilité et les logiques économiques ? S’est-elle, autrement, banalisée, à côté de la publicité ? Après avoir présenté ce qui constitue la théorie de Bourdieu qui oppose deux pôles idéal typiques, il sera étudié la thèse de la disparition du pôle critique et, enfin, pourquoi, Comment la critique existe toujours ?

I/ CRITIQUE VERSUS PUBLICITE : LA THESE DEL’OPPOSITION

Depuis sa naissance, la critique d’art est associée, d’un côté, aux expositions de l’Académie, de l’autre à la presse, son support d’élection. La forme critique, entendue comme une prise de position subjective et esthétique sur des spectacles vivants, des écrits ou des œuvres, s’exposant elle-même au public, est donc née avant les industries culturelles. Elle a constitué selon Habermas le cœuret le modèle d’un « espace public » de discussion, en incitant des opinions privées à prendre position sur des productions culturelles. La critique d’art est relativement ancienne, puisqu’elle s’est imposée au XVIIe siècle dans la presse. On peut l’opposer de manière assez intuitive à la promotion commerciale, plus récente, puisque liée au développement de la grande presse capitaliste qui arecouru aux annonces. Les configurations sociales, que l’une et l’autre supposent, sont très différentes : alors que le critique ne travaille (théoriquement) pas pour ceux auxquels il consacre des articles, l’annonceur est objectivement, c’est-à-dire contractuellement, tenu par celui qu’il est chargé de promouvoir. Pierre Bourdieu s’est intéressé à la question du pouvoir de consécration ou, dans sestermes, au «capital symbolique ». Il oppose deux pôles : le pôle de l’autoconsécration, qui ne procure aucune légitimation symbolique, dans la mesure où tout un chacun est nécessairement prédisposé à se promouvoir sans que ceci ne constitue la garantie ou la preuve d’une véritable qualité. Et le pôle de l’indépendance, dans lequel celui qui énonce des jugements sur une œuvre le fait librement, enéchange d’aucune prestation, en dehors de tout contrat synallagmatique. Il distinguait aussi une représentation idéaltypique composée de trois ordres : l’ordre légitime, de « l’art pour l’art », au sein duquel la critique et l’enseignement jouent un rôle de premier plan en tant qu’agents autonomes de légitimation (exemples : la peinture, la musique classique, la littérature). L’ordre intermédiaire, del’« art moyen », qui aspire à l’ordre légitime et imite ses instances de légitimation (exemples : la photographie, le jazz, le cinéma). Le troisième ordre est celui de la « culture de masse », sans instance autonome et dominé par les forces du marché, où règnent la publicité et la promotion, les techniques de vente (exemples : la décoration, les cosmétiques, la cuisine, télévision, la musique devariété et toutes les industries culturelles auxquelles il s’est intéressé dans les années 1990).

II/ LA THESE DE LA DISPARITION DU POLE CRITIQUE

Jürgen Habermas a accordé une attention toute particulière à la critique d’art. Il a cherché à démontrer que les critiques littéraire et artistique étaient à l’origine de la constitution d’un espace public de discussion à partir du XVIIIe siècle.Il insiste sur la dialectique qui voit naître, d’un côté, un espace public et de l’autre l’affirmation d’une subjectivité du jugement. Cependant, la critique a subi le destin marchand de son support : avec le succès de la presse, devenue rapidement la grande presse capitaliste du XIXe, la critique a trouvé un compagnon pour le moins ambivalent qui la réclame et les exigences de double vente...
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