La parure

Pages: 14 (3286 mots) Publié le: 23 février 2011
Guy de Maupassant (1850-1893)
Des bijoux, des vêtements, des « parures »… Y a-t-il une limite à l’importance que l’on peut accorder à ces choses ? Mathilde Loisel, épouse d’un simple commis, a appris la réponse à ses dépens… Guy de Maupassant, écrivain français de la seconde moitié du XIXe siècle, dépeint l’hypocrisie de la société bourgeoise de son époque avec un réalisme étourdissant deprécision. Il devient rapidement célèbre à la parution de sa nouvelle, Boule de Suif, en 1880. Auteur très prolifique, il publie six romans, dont Une vie (1883) et Bel-Ami (1885), et seize recueils de nouvelles, dont Les contes de la bécasse (1883) et Le Horla (1885). On l’a consacré « maître incontesté de la nouvelle », et son génie a influencé toute la littérature, tant en France que dans le reste dumonde. Il est mort à 43 ans, hanté par la folie.

1 Biens qu’une femme apportait en se mariant. La dot était donnée par le père et dépendait donc du statut social de celui-ci. 2

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de ces jolies E lle était une par Elle n’avaitetducharmantes filles, née, comme une erreur destin, dans une famille d’employés. pas de dot , pas d’espérances , aucun moyen d’être connue,comprise, aimée, épousée par un homme riche et distingué ; et elle se laissa marier avec un petit commis du ministère de l’Instruction publique.

Biens qu’on attend d’un héritage.

Guy de Maupassant LA PARURE

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Elle fut simple, ne pouvant être parée ; mais malheureuse comme une déclassée ; car les femmes n’ont point de caste3 ni de race, leur beauté, leur grâce et leur charmeleur servant de naissance et de famille. Leur finesse native, leur instinct d’élégance, leur souplesse d’esprit sont leur seule hiérarchie, et font des filles du peuple les égales des plus grandes dames. Elle souffrait sans cesse, se sentant née pour toutes les délicatesses et tous les luxes. Elle souffrait de la pauvreté de son logement, de la misère des murs, de l’usure des sièges, de la laideurdes étoffes. Toutes ces choses, dont une autre femme de sa caste ne se serait même pas aperçue, la torturaient et l’indignaient. La vue de la petite Bretonne qui faisait son humble ménage éveillait en elle des regrets désolés et des rêves éperdus. Elle songeait aux antichambres4 muettes, capitonnées avec des tentures orientales, éclairées par de hautes torchères de bronze, et aux deux grands valetsen culotte courte qui dorment dans les larges fauteuils, assoupis par la chaleur lourde du calorifère. Elle songeait aux grands salons vêtus de soie ancienne, aux meubles fins portant des bibelots inestimables, et aux petits salons coquets, parfumés, faits pour la causerie de cinq heures avec les amis les plus intimes, les hommes connus et recherchés dont toutes les femmes envient et désirentl’attention. Quand elle s’asseyait, pour dîner, devant la table ronde couverte d’une nappe de trois jours, en face de son mari qui découvrait la soupière en déclarant d’un air enchanté : « Ah ! le bon pot-au-feu ! Je ne sais rien de meilleur que cela…», elle songeait aux dîners fins, aux argenteries reluisantes, aux tapisseries peuplant les murailles de personnages anciens et d’oiseaux étranges au milieud’une forêt de féerie ; elle songeait aux plats exquis servis en des vaisselles
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Classe sociale fermée. Au XIXe siècle, en général, les femmes étaient complètement dépendantes soit de leur père, soit de leur mari. C’est ce que veut dire Maupassant quand il dit que les femmes n’ont ni « caste ni race ».

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Pièces d’attente placées à l’entrée d’un grand appartement oud’un salon de réception.

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Nouvelles d’ici et d’ailleurs

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merveilleuses, aux galanteries chuchotées et écoutées avec un sourire de sphinx, tout en mangeant la chair rose d’une truite ou des ailes de gélinotte. Elle n’avait pas de toilettes, pas de bijoux, rien. Et elle n’aimait que cela ; elle se sentait faite pour cela. Elle eut...
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