La société sans pères, alain de benoist

Pages: 6 (1335 mots) Publié le: 2 mai 2010
Editorial de la revue « Eléments » (été 2006)

LA SOCIETE SANS PERES OU LE REGNE DE NARCISSE

« La société a adopté, sans la moindre limite et sans le moindre contre-pouvoir, l’intégralité des valeurs féminines », estimait récemment le pédiatre Aldo Naouri. De cette féminisation témoignent déjà le primat de l’économie sur la politique, le primat de la consommation sur la production, le primatde la discussion sur la décision, le déclin de l’autorité au profit du « dialogue », mais aussi l’obsession de la protection de l’enfant (et la survalorisation de la parole de l’enfant), la mise sur la place publique de l’intimité et les confessions intimes de la « télé-réalité », la vogue de l’« humanitaire » et de la charité médiatique, l’accent mis constamment sur les problèmes de sexualité,de procréation et de santé, l’obsession du paraître, du vouloir-plaire et du soin de soi (mais aussi l’assimilation de la séduction masculine à la manipulation et au « harcèlement »), la féminisation de certaines professions (école, magistrature, psychologues, travailleurs sociaux), l’importance des métiers de la communication et des services, la diffusion des formes rondes dans l’industrie, lasacralisation du mariage d’amour (un oxymore), la vogue de l’idéologie victimaire, la multiplication des « cellules de soutien psychologique », le développement du marché de l’émotionnel et de l’apitoiement, la nouvelle conception de la justice qui fait d’elle un moyen, non plus de juger en toute équité, mais de faire droit à la douleur des victimes (pour leur permettre de « faire leur deuil » et de« se reconstruire »), la vogue de l’écologie et des « médecines douces », la généralisation des valeurs du marché, la déification du « couple » et des « problèmes de couple », le goût de la « transparence » et de la « mixité », sans oublier le téléphone portable comme substitut du cordon ombilical, la disparition progressive du mode impératif dans le langage courant, et enfin la globalisationelle-même, qui tend à instaurer un monde de flux et de reflux, sans frontières ni repères stables, un monde liquide et amniotique (la logique de la Mer est aussi celle de la Mère). Après la pénible « culture raide » des années trente, tout n’a certes pas été négatif dans cette féminisation. Mais celle-ci verse désormais dans l’excès inverse. Plus encore qu’elle n’est synonyme de dévirilisation, elledébouche sur l’effacement symbolique du rôle du Père et sur l’indistinction des rôles sociaux masculin/féminin. La généralisation du salariat et l’évolution de la société industrielle font aujourd’hui que les hommes n’ont tout simplement plus de temps à consacrer à leurs enfants. Le père a peu à peu été réduit à un rôle économique et administratif. Transformé en « papa », il tend à devenir un simplesoutien affectif et sentimental, fournisseur de biens de consommation et exécuteur des volontés maternelles, en même temps qu’une assistante socialo-ménagère, aide-marmiton, changeur de couches et pousseur de caddies. Or, le père symbolise la Loi, référent objectif qui s’élève au-dessus des subjectivités familiales. Alors que la mère exprime avant tout le monde des affects et des besoins, le pèrea pour rôle de couper le lien fusionnel entre l’enfant et sa mère. Instance tierce qui fait sortir l’enfant de la toute-puissance infantile et narcissique, il permet la rencontre de celui-ci avec son contexte social-historique, et lui permet de s’inscrire dans un monde et dans une durée. Il assure « la transmission de l’origine, du nom, de l’identité, de l’héritage culturel et de la tâche àpoursuivre » (Philippe Forget). Faisant le pont entre la sphère familiale privée et la sphère publique, limitant le désir par la Loi, il s’avère par là indispensable à la construction de soi. Mais de nos jours, les pères tendent à devenir « des mères comme les autres ». « Ils veulent eux aussi être porteurs de l’Amour et non plus seulement de la Loi » (Eric Zemmour). Or, l’enfant sans père a le plus...
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