Labanane

Pages: 37 (9074 mots) Publié le: 24 mars 2012
OUTRE-MER :
LA BANANE EN CRISE
 
Le futur de la banane française se joue en ce moment, avec la réforme du marché européen. Avec lui se joue aussi l’avenir de la Martinique et de la Guadeloupe, pour qui la banane demeur un poumon économique et territorial vital.
Les Antilles françaises se font du mauvais sang. Car pour la banane, l’échéance approche : au 1er janvier prochain, la réforme del’organisation commune du marché (OCM) européen de la banane va devenir réalité. Or avec cette réforme, l’Union européenne entérine l’affaiblissement progressif de la production européenne de bananes. Déjà, après 13 ans de ce régime, la banane antillaise est exsangue. Les petits et moyens producteurs ne survivent qu’à grand peine à côté d’une poignée de géants - « géants » qui eux-mêmes ne pèsent pasgrand-chose auprès des trois multinationales américaines (Chiquita, Del Monte et Dole), qui inondent le marché mondial de leurs « bananes-dollar » produites en Amérique centrale.
On ne sait pas toujours très bien que l’UE est un producteur non négligeable de bananes : quelque 750 000 tonnes, sur les 4 millions de tonnes qu’engloutissent les Européens chaque année, sont produites par la France(Guadeloupe et surtout Martinique), l’Espagne (Canaries) et le Portugal (Madère et Açores). Aux Antilles françaises, dont la plus grande part de l’activité est accrochée à la filière agroalimentaire, la banane constitue le véritable moteur économique. « Elle occupe un tiers de la surface agricole », explique Georges Venkatapen, le secrétaire général du CODEMA-MODEF (Comité de défense des métiersagricoles, affilié au MODEF), « et représente 62 % de la valeur de la production agricole ». Mais surtout, la banane constitue un indispensable poumon économique pour un territoire comme la Martinique, dont l’approvisionnement dépend étroitement des importations. Y compris sur le plan agroalimentaire, puisque la production locale couvre tout juste un cinquième de la consommation. Or sans la banane,culture d’exportation, les bateaux qui approvisionnent l’île repartiraient le plus souvent à vide : le coût du fret exploserait, et avec lui le coût de la vie. Réaction en chaîne : la banane est une production de main d’œuvre ; et sans les 14 000 emplois directs et indirects qu’elle génère, la Martinique et la Guadeloupe auraient vite fait de se trouver livrées à la misère qui ravage déjà denombreuses îles antillaises.
Pendant des années, les Antilles françaises ont bénéficié d’un accès privilégié au marché intérieur, grâce à une politique de contingentement des importations qui leur réservait les deux tiers du marché français - le tiers restant étant attribué, là aussi en fonction d’accords préférentiels, aux pays de la zone ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique), principalement des paysafricains comme le Cameroun ou la Côte-d’Ivoire. Mais en 1993 l’entrée en vigueur de l’OCM banane, prélude à la libéralisation du marché, a bouleversé cet équilibre. Une politique européenne de quotas a été mise en place : 750 000 tonnes par an pour les bananes européennes, autant pour les bananes ACP... et 2,5 millions de tonnes pour les bananes-dollar. Ce dernier quota s’assortissait tout de même d’undroit de douane assez dissuasif de 700 euros la tonne en cas de dépassement. Dans le même temps, les bananes de la zone euro bénéficiaient d’un système de compensation si le prix de vente était inférieur au prix de revient. Pendant cette période, les producteurs européens ont pris des directions différentes : pendant qu’aux Canaries, on développait en même temps une politique de qualité et desefforts de marketing en direction du marché espagnol, en Martinique les grands planteurs tentaient plutôt de copier les méthodes de la banane-dollar : industrialisation des techniques de production, réduction des coûts de main-d’œuvre... Les conséquences ont été désastreuses. « Après dix ans de ce régime totalement inadapté aux caractéristiques de l’agriculture martiniquaise », raconte Georges...
Lire le document complet

Veuillez vous inscrire pour avoir accès au document.

Devenez membre d'Etudier

Inscrivez-vous
c'est gratuit !