Le banquet

Pages: 93 (23228 mots) Publié le: 25 mars 2012
LE BANQUET


PLATON Le Banquet
édition originale 19-02-2006
actualisée le 28-10-2006

– Traduction française Dacier & Grou, révisée et augmentée de notes par A. Saisset (1892) –

NB : Les références à l'édition Henri Estienne (explications ici) ont été rétablies, et la présentation un peu éclaircie.
Les notes sont signalées par un astérisque.

Plan général du dialogue :* Préambule sur la transmission du récit [172a]
* Arrivée de Socrate [174a]
o Proposition d'Eryximaque [176e]
+ [178a] Discours de Phèdre
+ [179c] Discours de Pausinias (et intermède : Le hoquet d'Aristophane [185d])
+ [185e] Discours d'Eryximaque
+ [189c] Discours d'Aristophane
+ [194d]Discours d'Agathon
o Intervention de Socrate [198a]
o Discours de Diotime [201c]
* Irruption d'Alcibiade [212c]
* Eloge de Socrate par Alcibiade [214e]

----------------------------------------------------------------- Le Banquet (ou De l'Amour) ---

APOLLODORE

[172a]
Je crois que je suis assez bien préparé à vous faire le récit que vous me demandez ; car, toutdernièrement, comme je me rendais de ma maison de Phalère * à la ville, un homme de ma connaissance, qui venait derrière moi, m'aperçut, et m'appelant de loin :

GLAUCON

Homme de Phalère ! s'écria-t-il en badinant, Apollodore ! ne peux-tu ralentir le pas ?

APOLLODORE

Je m'arrêtai, et l'attendis.

GLAUCON

Apollodore, me dit-il, je te cherchais justement ; je voulais te demander ce quis'était passé chez Agathon, le jour où [172b] Socrate, Alcibiade et plusieurs autres y soupèrent. On dit que toute la conversation roula sur l'amour. J'en ai bien su quelque chose par un homme à qui Phénix, fils de Philippe, avait raconté une partie de leurs discours, mais cet homme ne put rien me dire de certain sur le détail de cet entretien ; il m'apprit seulement que tu le savais. Conte-le-moidonc ; aussi bien est-ce un devoir pour toi de faire connaître ce qu'a dit ton ami ; mais avant tout, dis-moi, étais-tu présent à cette conversation ?

APOLLODORE

Il paraît bien, lui répondis-je, que ton homme ne t'a rien [172c] dit de certain, puisque tu parles de cette conversation comme d'une chose arrivée depuis peu, et comme si j'avais pu y être présent.

GLAUCON

Je le croyais.APOLLODORE

Comment, lui dis-je, Glaucon, ne sais-tu pas qu'il y a plusieurs années qu'Agathon n'a mis le pied dans Athènes ? Pour moi, il n'y a pas encore trois ans que je fréquente Socrate et que je m'attache à étudier chaque jour toutes ses paroles et toutes ses actions. Avant ce temps-là [173a] j'errais de côté et d'autre, et, croyant mener une vie raisonnable, j'étais le plus malheureux detous les hommes. Je m'imaginais, comme tu fais maintenant, qu'il n'était rien dont il ne fallût s'occuper plutôt que de philosophie.

GLAUCON

Allons, ne raille point, mais dis-moi quand eut lieu cette conversation.

APOLLODORE

Nous étions bien jeunes, toi et moi : ce fut dans le temps qu'Agathon remporta le prix avec sa première tragédie, et le lendemain du jour où, en l'honneur de savictoire, il sacrifia aux dieux entouré de ses choristes.

GLAUCON

Tu parles de loin, ce me semble ; mais de qui tiens-tu ce que tu sais ? Est-ce de Socrate ?

APOLLODORE

Non, par Jupiter ! [173b] lui dis-je, mais de celui-là même qui l'a conté à Phénix : c'est un certain Aristodème du bourg de Cydathène, un petit homme qui va toujours nu-pieds. Il était présent, et, si je ne me trompe,c'était alors un des hommes le plus épris de Socrate. J'ai quelquefois interrogé Socrate sur des particularités que je tenais de cet Aristodème, et leurs récits étaient d'accord.

GLAUCON

Que tardes-tu donc, me dit Glaucon, à me raconter l'entretien ? Pouvons-nous mieux employer le chemin qui nous reste d'ici à Athènes ?

APOLLODORE

J'y consentis, et nous causâmes de tout cela chemin...
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