Le comique : convient-il à l’orateur de vouloir l’exciter ? jusqu’à quel point le doit-il ?

Pages: 10 (2489 mots) Publié le: 21 mai 2010
Réfléchissant sur la place du comique dans la persuasion, Cicéron, dans son dialogue De l’orateur, pose entre autres les questions suivantes au sujet du rire : « Convient-il à l’orateur de vouloir l’exciter ? Jusqu’à quel point le doit-il ? ». Vous tenterez de répondre à ces questions en les appliquant au champ littéraire, et en vous appuyant sur des œuvres où le comique et le rire ont une viséepersuasive (en premier lieu, Gargantua).

Bien communiquer, ce n’est pas forcément utiliser un langage châtié : c’est surtout donner vie à la parole. L’esprit de sérieux peut briser la communication. Cependant, dans De l’Orateur, Cicéron s’interroge sur l’efficacité du rire dans la persuasion : « Convient-il à l’orateur de vouloir l’exciter ? Jusqu’à quel point le doit-il ? ».
En effet, fairerire et persuader ne vont pas nécessairement de pair : si le rire libère une forme d’énergie vitale et de joie, exerce une fonction libératrice jusqu’à nier parfois les contraintes sociales ou les mettre à distance, persuader consiste à agir sur la sensibilité de l’auditoire pour le convaincre de la justesse d’un certain nombre d’idées. En conséquence, comment lier l’engagement de la raison à ladistanciation du comique lors d’un discours persuasif ?
Si le rire permet à l’orateur de persuader son auditoire, c’est aussi en rupture avec la logique et cela peut par conséquent dérouter le public en assombrissant la clarté du message et en lui ôtant de sa crédibilité. Il faudra étudier dans quelles proportions, et avec quelle adéquation par rapport à son objet, le rire peut être utilisécomme un outil rhétorique sans entrer en contradiction avec la logique du message à transmettre.

Le rire agit beaucoup sur les émotions de l’homme, et sans doute peut-il être une arme de la persuasion.
Persuader n’est qu’influence et même parfois séduction. Le rire permet de capter très habilement l’attention de l’auditoire et d’en susciter la bienveillance. Un bon orateur saura qu’un public nes’attache pas très aisément à des paroles plates, dépourvues de vivacité et d’entrain. Dans Gargantua, Rabelais comprend tout de suite les enjeux de la persuasion : élaborer un lien avec le lecteur dès le début de son entreprise. C’est pourquoi l’incipit de l’œuvre, Au lecteur, est truffé d’injonctions au public, que l’auteur exhorte à rire plutôt que de se scandaliser des propos rabelaisiens. Ilclôt justement cet avertissement en rappelant que le « rire est le propre de l’homme ». D’une autre façon, Voltaire réussit à provoquer chez le lecteur de Candide une envie de lire la suite de l’œuvre par l’irrésistible ton naïf et innocent avec lequel il commence son roman. Ce qui avait pourtant tous les attraits d’un conte pour enfants se trouve être en réalité une véritable critiquephilosophique de la société d’ancien régime : le ridicule nom donné au château de la situation initiale (« Thunder-ten-tronckh » ), la confusion d’expressions verbales (« chiens de basse-cour ») et le raisonnement faussement logique du précepteur Pangloss font naître un certain optimisme ironique chez le lecteur, avide de connaître la chute – si chute il y a – de l’intrigue.
Le rire peut aussi être unmoyen très efficace de dédramatiser une situation et d’en faciliter l’approche pour le lecteur. Rire, c’est parier sur la vie, plus importante que la mort, c’est croire que l’on ne périra pas totalement à l’arrivée de la mort. C’est pourquoi dans Pantagruel, Rabelais insiste sur l’hésitation de Gargantua à pleurer la mort de sa femme ou à rire de voir son fils né. C’est après quelques larmes que lajoie envahit de nouveau Gargantua : « Foy de gentil homme, il vault mieulx pleurer moins et boire dadvantaige ! Ma femme est morte, et bien, par Dieu (da jurandi), je ne la resusciteray pas par mes pleurs ». Le rire est pour lui le seul moyen de vaincre la mort. Si l’on reprend l’exemple de Candide, on peut observer cette fois le ton calme et didactique avec lequel s’exprime l’esclave rencontré...
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