Le dernier jour d'un condamné

Pages: 8 (1799 mots) Publié le: 23 décembre 2010
société se permette de faire de sang-froid ce qu’elle reproche à l’accusé d’avoir fait. C’est au lendemain d’une traversée de la place de l’Hôtel de Ville où le bourreau graissait la guillotine en prévision de l’exécution prévue le soir même que Victor Hugo se lance dans l’écriture du Dernier Jour d’un condamné qu’il achève très rapidement[1]. Le livre est édité en février 1829 par l’éditeurCharles Gosselin mais sans nom d’auteur. Ce n’est que 3 ans plus tard (15 mars 1832) que Victor Hugo complète sa nouvelle par une longue préface qu’il signe de son nom.

Résumé

Le livre se présente comme le journal qu’un condamné à mort écrit durant les vingt-quatre dernières heures de son existence dans lequel il relate ce qu’il a vécu depuis le début de son procès jusqu’au moment de sonexécution, soit environ six semaines de sa vie. Ce récit, long monologue intérieur, est entrecoupé de réflexions angoissées et de souvenirs de son autre vie, la "vie d’avant". Le lecteur ne connaît ni le nom de cet homme, ni ce qu’il a fait pour être condamné, mis à part la phrase : « moi, misérable qui ai commis un véritable crime, qui ai versé du sang ! ». L’œuvre se présente comme un témoignage brut, àla fois sur l’angoisse du condamné à mort et ses dernières pensées, les souffrances quotidiennes morales et physiques qu’il subit et sur les conditions de vie des prisonniers, par exemple dans la scène du ferrage des forçats. Il exprime ses sentiments sur sa vie antérieure et ses états d’âme…

Réception

Avant la publication de son œuvre, Victor Hugo en fait la lecture à quelques-uns de sesamis et c’est Édouard Bertin qui encourage l’éditeur Charles Gosselin, qui a déjà entrepris la publication des Orientales, à publier le roman. Celui-ci, dans une lettre envoyée à Victor Hugo évoque ses craintes que ce roman sans action ne lasse le lecteur, que l’absence d’informations sur le condamné ne nuise à la compréhension du récit et suggère à Victor Hugo de compléter son œuvre par unehistoire du condamné. Victor Hugo refuse poliment mais fermement de suivre ces indications[2].
Ce sont pourtant ces deux points qui feront l’objet de nombreuses critiques à la sortie du livre. Dès le 3 février 1829, Jules Janin critique l’œuvre dans la Quotidienne, la présentant comme une longue agonie de 300 pages et ne lui reconnaît aucune efficacité comme plaidoyer contre la peine de mort sousprétexte qu'« un drame ne prouve rien »[3]. Désiré Nisard parle d’un livre inutile qui n’a pas fait avancer la cause qu’elle défend « la question (de la peine de mort) a-t-elle fait un pas de plus vers sa solution (...) Je ne le pense pas » et lui reproche ses gratuites horreurs. Il ne comprend pas que le personnage du condamné soit si mal précisé et remarque : « on est froid pour cet être qui neressemble à personne » (26 février 1829)[4]. Des voix s’élèvent pour accuser le livre de n’être que le plagiat d’un livre anglais ou américain[5]. On le traite d’œuvre d’imagination morbide aux ressources romanesques limitées.
Victor Hugo, sensible à ses critiques les parodiera dans sa préface du 24 février 1829 et défend son parti-pris d’anonymat concernant le condamné : le livre se veut être « uneplaidoirie générale et permanente pour tous les accusés ».
Cependant d’autres auteurs prennent sa défense. Sainte Beuve écrit : « Jamais les fibres les plus déliées et les plus vibrantes de l’âme n’ont été à ce point mises à nu et à relief ; c’est comme une dissection à vif sur le cerveau d’un condamné » et Alfred de Vigny dans sa lettre du 9 février 1829, précise « C’est partout vous, toujours lacouleur éclatante, toujours l’émotion profonde, toujours l’expression vraie pleinement satisfaisante, la poésie toujours. ». Ils reconnaissent à l’œuvre sa valeur de plaidoyer et sa puissance romantique. Gustave Vapereau, dans son Dictionnaire universel des contemporains, signale que l’œuvre fut finalement reconnue pour « la force de la pensée et la profondeur de l’analyse ».
La longue...
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