Le fondement de nos connaissances

Pages: 30 (7465 mots) Publié le: 30 avril 2012
CHAPITRE II - De la raison des choses



13. -les animaux n’éprouvent pas seulement le plaisir et la douleur ; ils ont des sens comme l’homme, quelquefois même des sens plus parfaits, et tout indique que ces sens sont des organes de perception et de connaissance. Nier que le chien connaît son maître, que l’aigle a du haut des airs la perception de sa proie, c’est avancer par esprit de secteet de système un de ces paradoxes contre lesquels le bon sens proteste ; ou bien c’est dépouiller les mots de leur signification ordinaire, pour leur en imposer une tout arbitraire et systématique. L’animal, l’enfant, l’idiot perçoivent et connaissent à leur manière, quoique sans doute ils ne se représentent point les objets tels que l’homme les imagine et les conçoit, grâce au concours des sens etde facultés supérieures que l’animal, l’enfant et l’idiot ne possèdent pas.

Or, une de ces facultés, que nous considérons comme éminente entre toutes les autres, est celle de concevoir et de rechercher la raison des choses. Que cette faculté ait besoin, comme le goût littéraire, comme le sentiment du beau, d’exercice et de culture pour se développer ; qu’elle puisse être entravée dans sondéveloppement par certains défauts d’organisation, par des circonstances extérieures défavorables, telles que celles qui concentrent toute l’activité de l’homme vers des travaux ou des plaisirs grossiers, il y aurait absurdité à le nier. Mais toujours est-il que, chez tous les hommes réputés raisonnables, on retrouve, à certains degrés, cette tendance à s’enquérir de la raison des choses ; ce désir deconnaître, non pas seulement comment les choses sont, mais pourquoi elles sont de telle façon plutôt que d’une autre ; et, partant, cette intelligence d’un rapport qui ne tombe pas sous les sens ; cette notion d’un lien abstrait en [p16 vertu duquel une chose est subordonnée à une autre qui la détermine et qui l’explique.



14. -il n’est pas nécessaire d’avoir beaucoup pratiqué lesphilosophes pour connaître les imperfections du langage philosophique, et pour savoir que les mêmes termes y sont pris souvent dans des acceptions très diverses ; or, le mot de raison est certainement un de ceux qui présentent la plus grande variété d’acceptions, selon les auteurs et les passages. Nous examinerons plus tard si cette imperfection du langage philosophique est un vice qu’on puisse réformer, ouun inconvénient dont la nature des choses ne permette pas de s’affranchir. Dès à présent il y a lieu de conjecturer qu’une imperfection à laquelle tant d’esprits distingués n’ont pas réussi à porter remède, constitue en effet une défectuosité naturelle et irrémédiable ; dès à présent aussi nous pouvons remarquer que le mot raison, comme la plupart de ceux qui se rapportent à la faculté deconnaître, comme les mots idée, jugement, vérité, croyance, probabilité et beaucoup d’autres, ont une tendance marquée à passer, comme on dit, du sens objectif au sens subjectif, et réciproquement, suivant que l’attention se porte de préférence sur le sujet qui connaît ou sur l’objet de la connaissance. De là une ambiguïté qui affecte de la même manière tous les termes de cette classe. Ainsi l’on imposerale nom de jugement, tantôt à une faculté de l’esprit, et tantôt aux produits de cette faculté ; on entendra par idée, tantôt la pensée même, affectée d’une certaine manière, et tantôt la vérité intelligible qui est l’objet de la pensée. Il en est absolument de même des mots (...), ratio, raison, qui tantôt désignent une faculté de l’être raisonnable, et tantôt un rapport [p17 entre les chosesmêmes : de sorte que l’on peut dire que la raison de l’homme (la raison subjective) poursuit et saisit la raison des choses (la raison objective). Il est naturel d’admettre au moins provisoirement et jusqu’à plus ample examen, que l’ambiguïté inhérente à toute cette famille de mots, et la tendance constante à passer d’un sens à l’autre, résultent de l’impuissance où nous sommes de concevoir et...
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