Le langage de la ville : l’intertextualité urbaine dans le roman postmoderne

Pages: 14 (3476 mots) Publié le: 28 août 2013
Le langage de la ville : l’intertextualité urbaine dans le roman postmoderne

Christina HORVATH
Université Paris 3

La seconde moitié du vingtième siècle a vu naître et s’épanouir une littérature majoritairement urbaine qui se démarque de la fiction traditionnelle par son goût des faux-semblants, des leurres et des supercheries. Baptisée « postmoderne » par la critique, cette écriture secaractérise par une expérimentation radicale au niveau du langage et par l’omniprésence de l’autoreprésentation et de l’autoparodie. Puisant d’un savoir hétérogène, les récits postmodernes s’adonnent volontiers à des jeux de langages hétéromorphes. Ils se construisent par le croisement des genres littéraires auxquels ils empruntent indifféremment, mêlant les discours les plus divers. Cet éclatementintertextuel produit souvent un discours parodique qui se désigne lui-même comme signe, code, littérature. Mais le postmoderne crée également un usage particulier de l’espace urbain que j’essayerai de montrer ici, en m’appuyant sur des textes de Paul Auster (Cité de verre, 1987), d’Eric Laurrent (Les Atomiques, 1996) et de Jean Echenoz (Cherokee, 1989, Les Grandes blondes, 1995 et Je m’en vais,1999).
Les romans d’Auster, de Laurrent et d’Echenoz ont en commun la tendance d’emprunter de divers éléments caractéristiques aux romans d’aventures, aux romans noirs, aux romans d’espionnage et aux romans policiers : on y trouve des armes, des poursuites, des enquêtes. Malgré cela, ces textes n’ont rien à voir avec les romans de la série noire, l’intrigue policière leur sert surtout à capterl’attention du lecteur et à l’empêcher d’interrompre sa lecture en le retenant par les rebondissements de l’intrigue et le mouvement incessant des personnages. Mais, après un examen plus attentif, nous pouvons constater que le suspens fait entièrement défaut à ces récits. Ils n’appellent pas non plus à l’identification avec les personnages, d’ailleurs cette écriture ironique qui ne se prend jamaistout à fait au sérieux n’offre au lecteur que des personnages bouffons, des dialogues plats et des aventures au second degré. L’enquête ou la filature qui constitue le noyau de l’intrigue se révèle également un leurre. Dans Cité de verre, Paul Auster met en scène un écrivain désœuvré, Daniel Quinn, qu’un coup de fil erroné se transforme en détective privé. Pour protéger la vie de son client, ilprend en filature l’homme qui veut assassiner celui-ci : Peter Stillman. Après avoir perdu la trace de Stillman, Quinn se concentre sur la défense de son client et surveille sa résidence durant plusieurs mois, ignorant que l’assassin supposé s’est suicidé entre-temps. Pexoto, l’espion du roman d’Eric Laurrent travaille également sur une affaire inexistante : sa mission consiste à filer de continenten continent un Russe dont personne ne veut rien apprendre et à suivre un convoi de déchets nucléaires qui, tout bonnement, n’existe pas. Finalement, l’affaire se révèle un leurre international inventé par les services secrets pour occuper les agents au chômage à la suite de l’écroulement du communisme. Comme son supérieur explique à Pexoto à la fin du roman :
« On avait monté cette histoirede toutes pièces. […] Il s’agissait de faire voter par une commission obscure du Parlement de la Communauté des crédits supplémentaires destinés au contre-espionnage nucléaire. […] C’est alors qu’on avait créé une fausse opération : In partibus. Chaque service secret, à l’insu de son gouvernement, avait délégué un ou deux agents qui […] n’étaient au courant de rien » .
Quant à Jean Echenoz, ilapplique également les schémas de la filature et de la fuite : les innombrables déplacements de ses personnages sont toujours motivés par l’une ou l’autre. Ainsi, dans Cherokee, Georges Chave cherche l’énigmatique Jenny Weltman, alors que lui-même est poursuivi par différentes catégories socioprofessionnelles : flics, privés, contrebandiers. Dans Les Grandes blondes, un producteur d’émissions...
Lire le document complet

Veuillez vous inscrire pour avoir accès au document.

Vous pouvez également trouver ces documents utiles

  • Acide sulphuric: roman postmoderne
  • Ville et paysage urbain
  • Structures urbaines de la ville médiévale
  • Ville et société urbaine.
  • Planification Urbaine
  • Les faits urbains et la ville dans le monde
  • La crise urbaine: exemple de la ville de pikine
  • Offre de transport urbain dans la ville de Cotonou

Devenez membre d'Etudier

Inscrivez-vous
c'est gratuit !