Le passé c'est bon

Pages: 5 (1048 mots) Publié le: 19 mai 2013
Exagération? Je ne crois pas! Céline écrit avec la fureur de la sensibilité qui l'habite et qu'il a peine à assumer. Il voudrait voir éclore au plus profond de la nature humaine les mêmes émotions qu'il ressent par rapport à la vie. Il connaît l'hypocrisie humaine, ses institutions et sa capacité à détruire tout ce qu'il touche, ce qu'il y a de meilleur en chacun de nous. Céline a cherché et adécouvert le pire, il décrit la face cachée de l'humanité comme personne ne l'avait fait auparavant. Il agit en désespoir de cause au nom d'une mémoire collective défaillante.
" Mort à crédit " est un hymne à la naïveté et à la dureté de l'enfance et devant la sécheresse impitoyable de la vie adulte, tout comme " Guignol's Band " est un éloge à la fuite et à la désertion face à l'inconcevablebrutalité de la guerre. À Londres, Ferdinand vit des situations qui lui permettent de se hisser au-delà de la vie tout en montrant qu'on n'arrive jamais à y échapper totalement. Céline est l'écrivain du refus et dénonce tout ce qui étouffe sa sensibilité d'homme. Pour lui, le monde est un mensonge; le monde est condamné et condamnable, il n'y a rien d'autres à en tirer sinon la force de l'écriture, lafuite droit devant et la provocation continue.
Dans " Féerie pour une autre fois " Céline plonge plus à fond dans le délire de la guerre, mais cette fois en tant que " victime civile " du déferlement. Une nuit de bombardement sur Paris lui donne l'occasion d'exprimer son génie dans une écriture complètement éclatée. Jamais, il n'aura été aussi loin dans sa maîtrise de la langue, l'utilisation desa " petite musique  " afin qu'il exprime sans contrainte sa douleur et sa colère devant l'inacceptable terreur de la guerre. Car il faut aussi comprendre que Céline est un écrivain de la guerre et la souffrance qui en découle. Chacun de ses livres en illustre, d'une manière ou d'une autre, la profonde vulgarité.
Pour Céline, la guerre est l'expression ultime de la lutte des puissances de l'argentet des rapports de forces qui s'affrontent. Les victimes sont toujours les mêmes, les populations innocentes qui doivent subir, impuissantes, les luttes sanguinaires entre possédants. À cet effet, l'antisémitisme tant décrié de Céline y trouve ses origines, il découle directement de cette fausse perception que le Juif possède l'argent, donc le pouvoir et qu'il est responsable des malheurs dutemps. L'antisémitisme de Céline en n'est pas un de race ou de religion, mais de contestation orienté sur une pseudo domination économique d'une ethnie sur toutes les autres.
On a souvent répété que Céline représentait la haine, je crois que c'est faire fausse route et seulement effleurer la complexité de la nature célinienne. Céline n'a pas de haine profonde en lui, mais plutôt un sentimentd'impuissance et de rage devant l'inéluctable destin de l'humanité et le peu d'intérêt que cela suscite autour de lui. Selon sa perception, que l'humanité soit Rouge communiste ou Noire fasciste, elle ne mérite pas de poursuivre sa route au milieu de tant de cadavres et d'injustice.
Antisémite assurément, mais ses pamphlets sont davantage l'expression de son désarroi face à l'avenir qu'il pressent, à lacatastrophe annoncée. Par souci moraliste et esprit réducteur, on oublie d'étudier Céline dans son contexte historique, " Bagatelles pour un massacre " ne vise pas uniquement le Juif possédant, mais l'ensemble de la société d'alors, les communistes, les nazis en passant par les anglo-américains, tous écopent. Céline n'a jamais été communiste, mais à son retour d'Union soviétique il écrit " Meaculpa ", le premier de ses pamphlets et le plus instructif. Il comprend qu'il n'y a pas d'espoir, qu'il n'existe aucun modèle de référence auquel il peut s'accrocher, aucun système n'est en mesure de répondre à ses attentes de justices et d'idéaux. Il en rejette donc la responsabilité sur l'ennemi séculaire, l'idéologie de l'argent représenté par le grand complot Juif.
Ses derniers romans, sa...
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