Le personnage de roman du XVIIe siècle à nos jours

Pages: 9 (2198 mots) Publié le: 8 mai 2014
exte A : Balzac, La fille aux yeux d’or (1835)
Texte B : Zola, Le ventre de Paris (1873)
Texte C : Le Clézio, Désert, (1980)
Texte A : Balzac, La fille aux yeux d’or (1835)
La fille aux yeux d’or termine le triptyque de l’Histoire des Treize (à la suite de Ferragus et de
La duchesse de Langeais). Henry de Marsay, jeune dandy parisien se prend de passion pour
la « fille aux yeux d’or »,Paquita Valdes, mais découvre qu’elle a une autre relation. Pour se
venger de Paquita, il décide, à l’aide d’un groupe d’amis, de la tuer. Voici l’ouverture de cette
étrange histoire…
Un des spectacles où se rencontre le plus d’épouvantement est certes l’aspect général de
la population parisienne, peuple horrible à voir, hâve, jaune, tanné. Paris n’est-il pas un
vaste champ incessamment remué parune tempête d’intérêts sous laquelle tourbillonne
une moisson d’hommes que la mort fauche plus souvent qu’ailleurs et qui renaissent toujours
aussi serrés, dont les visages contournés, tordus, rendent par tous les pores l’esprit,
les désirs, les poisons dont sont engrossés leurs cerveaux ; non pas des visages, mais bien
des masques : masques de faiblesse, masques de force, masques de misère,masques de
joie, masques d’hypocrisie ; tous exténués, tous empreints des signes ineffaçables d’une
haletante avidité ? Que veulent-ils ? De l’or, ou du plaisir ?
Quelques observations sur l’âme de Paris peuvent expliquer les causes de sa physionomie
cadavéreuse qui n’a que deux âges, ou la jeunesse ou la caducité : jeunesse blafarde et sans
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couleur, caducité fardée quiveut paraître jeune. En voyant ce peuple exhumé, les étrangers,
qui ne sont pas tenus de réfléchir, éprouvent tout d’abord un mouvement de dégoût pour
cette capitale, vaste atelier de jouissance, d’où bientôt eux-mêmes ils ne peuvent sortir et,
restent à s’y déformer volontiers. Peu de mots suffiront pour justifier physiologiquement la
teinte presque infernale des figures parisiennes, car cen’est pas seulement par plaisanterie
que Paris a été nommé un enfer. Tenez ce mot pour vrai. Là, tout fume, tout brûle, tout brille,
tout bouillonne, tout flambe, s’évapore, s’éteint, se rallume, étincelle, pétille et se consume.
Jamais vie en aucun pays ne fut plus ardente, ni plus cuisante. Cette nature sociale toujours
en fusion semble se dire après chaque oeuvre finie : - À une autre !comme se le dit la nature
elle-même. Comme la nature, cette nature sociale s’occupe d’insectes, de fleurs d’un jour,
de bagatelles, d’éphémères, et jette aussi feu et flamme par son éternel cratère. Peut-être
avant d’analyser les causes qui font une physionomie spéciale à chaque tribu de cette nation
intelligente et mouvante, doit-on signaler la cause générale qui en décolore, blêmit, bleuit
etbrunit plus ou moins les individus.
À force de s’intéresser à tout, le Parisien finit par ne s’intéresser à rien. Aucun sentiment ne
dominant sur sa face usée par le frottement, elle devient grise comme le plâtre des maisons
qui a reçu toute espèce de poussière et de fumée. En effet, indifférent la veille à ce dont il
s’enivrera le lendemain, le Parisien vit en enfant quel que soit son âge. Ilmurmure de tout,
se console de tout, se moque de tout, oublie tout, veut tout, goûte à tout, prend tout avec
passion, quitte tout avec insouciance ; ses rois, ses conquêtes, sa gloire, son idole, qu’elle
soit de bronze ou de verre ; comme il jette ses bas, ses chapeaux et sa fortune. À Paris, aucun
sentiment ne résiste au jet des choses, et leur courant oblige à une lutte qui détend lespassions
: l’amour y est un désir, et la haine une velléité : il n’y a là de vrai parent que le billet
de mille francs, d’autre ami que le Mont-de-piété. Ce laisser-aller général porte ses fruits ;
et, dans le salon, comme dans la rue personne n’y est de trop, personne n’y est absolument
utile, ni absolument nuisible : les sots et les fripons comme les gens d’esprit ou de probité.
Tout y est...
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