Les colonnes

291 mots 2 pages
Je vivais dans le marigot de Pehou depuis longtemps. Je vivais là tapi entre deux eaux à attendre impassiblement que quelque chose vienne troubler mon ordinaire.
La patience est une vertu cultivée par mes aïeux depuis des millénaires. Je crois qu’aux origines même de la vie sur terre, ils la pratiquaient de toute éternité. J’imagine même que le mot rond de cuir qu’on utilise aujourd’hui pour railler l’immobilisme, a connu son origine inspiré par mes ancêtres.
Le cuir c’est ma carapace. Je suis un crocodile, un crocodile du Nil.
Le Nil, j’ai bien connu, mais à la fin, il était devenu tellement trouble que j’étais forcé d’y avaler tout, bon ou mauvais, au jugé, sans rien discerner…
Alors, lentement mais sûrement, j’ai quitté l’autoroute du Nil pour arriver dans ce marigot de Pehou.
Dans cette vase, j’observe, j’écoute, j’attends.
Mes ancêtres aussi étaient tapis là. Tellement immobiles qu’on les a représentés en les tissant en tableau à qui on a donné le nom de leur attitude, et dont certains même ont le pouvoir de s’envoler…
Mais comme la transformation ne s’arrête jamais, ces tapis sont devenus cabas pour transporter la nourriture et les effets des migrateurs.
Un jour, une épée est venue me fendre le cœur en deux.
J’ai quitté le marigot, on a transformé ma peau en besace et un jour, à l’heure précise qu’on appelle le hasard, j’ai retrouvé le tapis de mon histoire…
Je savais qu’en patientant tout au fond des marécages, je retrouverais mon tapis. J’avais vu de très loin un jour, s’élever au dessus du marigot, un vol d’oiseaux

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