Les miserables

Pages: 9 (2130 mots) Publié le: 23 mai 2013
En définitive, le sujet des Misérables, ce n’est pas tellement les misérables. Il y a certes des dissertations sur les conditions sociales, les femmes (dont les hommes doivent protéger la pureté et empêcher qu’elles ne tombent dans la souillure), les enfants (à qui il faut apporter universellement la lumière de l’éducation), les pauvres (qui vivent dans des espaces malsains et sont affamés), lesbagnards (qui ne sont pas traités de manière digne). Il y a même une action collective, avec l’émeute finale. Mais toutes les mentions au peuple de Paris, aux pauvres, etc. restent comptables. Les conditions de vie lamentables forment un problème simple, au fond : elles résultent de mauvais réglages de société. Les misérables ne sont pas un véritable sujet car ils ne sont que la manifestation desdéfaillances de la machinerie sociale. C’est à la limite à elle que l’on peut s’intéresser et non à eux.

Le sujet profond du livre, c’est le rapport que l’homme entretient à la loi divine. Loi des hommes ou loi de Dieu ? L’on voit bien pourquoi la misère économique ou politique ne peut être le sujet du livre. Les misères ne sont que des problèmes techniques, auxquelles Hugo propose dessolutions d’ingénieur politique : on peut, et l’on doit, partout où cela est possible, réaliser de meilleurs arrangements de la vie sociale, qui auront pour but de permettre une vie plus propice à la rencontre de la vraie loi, la loi de Dieu. Il faut s’élever au-dessus de la loi des hommes, il faut lever le nez. Le drame des conditions de vie misérables, ce n’est pas la pauvreté, c’est que la pauvretépeut aveugler et faire perdre de vue le véritable enjeu : être un juste. Certes, en théorie, la misère pourrait aussi pousser à la sainteté, mais Hugo reconnaît que la voie du martyre ne doit être réservée qu’à un très petit nombre d’âmes fortes. Les saints sont admirables mais ils sont marginaux.

Il existe une partition très nette dans le roman entre les personnages qui se cantonnent aux loishumaines et ceux qui s’élèvent à la loi divine. Javert, bien entendu, est l’exemple type du premier lot. Il forme aussi pour un lecteur moderne le type parfait du fonctionnaire des régimes totalitaires. Javert n’est pas mauvais, il s’est juste placé sous le joug de règles simples, celles du droit de la société. Elles lui fournissent une grille à partir de laquelle juger mathématiquement et sans rienestimer, sans rien peser à l’aune du cas singulier. Si Dieu pèse chaque âme, Javert classe les actes dans un jeu de catégories, à laquelle s’applique une contrepartie automatique : indifférence, admonestation, punition. Il entre un bonheur féroce dans cette application, car elle porte une puissance satisfaite : aucune erreur, aucune hésitation n’est possible, et lorsque Javert frappe, saconscience n’est jamais engagée. La conscience, c’est quand une âme en étreint une autre, et la sonde, sonde ses motivations, son histoire ; Javert est doublement dispensé d’âme : autant de celle de l’autre que de la sienne. Il est le bras armé de la loi et il n’est à ce titre que muscle et perceptions (pour dénicher le crime). La joie mauvaise de Javert, celle des puissances tristes, est la joie de lamécanique bien huilée, sans obstacle.

Jean Valjean est bien entendu le type opposé. Les épreuves qu’il connaît le poussent à la haine, mais la rencontre inaugurale du bon évêque Myriel le propulse sous le régime d’une loi supérieure, qu’il ne juge pas, dont il n’évalue pas la pertinence, mais qu’il reconnaît suprême. Il a, à la toute fin du livre, ces mots :
« Parce que les choses déplaisent, cen’est pas une raison pour être injuste envers Dieu ».
Ce rapport de Valjean à la loi divine n’est pas exactement une soumission. En premier lieu parce que Dieu ne donne pas d’ordre. Dieu chatouille la conscience. Être juste, c’est appliquer en toutes occasions un régime de bonté, de patience, de tolérance. C’est être bien disposé. C’est ne pas se limiter à la petite affaire humaine, qu’il...
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