Liberté et nécessité

Pages: 31 (7588 mots) Publié le: 2 mars 2011
LIBERTE ET NECESSITE

A priori rien ne s’oppose plus à la liberté que la nécessité : est nécessaire ce qui ne peut pas ne pas être. Par opposition, le contingent est ce qui peut ne pas être : logiquement, la liberté s’oppose donc à la nécessité (puisque la nécessité ne nous laisse pas le choix), et elle s’associe au possible (ce qui peut être). En effet, dire que l’on est déterminénécessairement à agir revient à dire qu’il est impossible d’agir autrement. La nécessité est donc synonyme de destin : un destin détermine par avance les événements et les choix de l’individu, qui se croit auteur de sa vie mais n’en est que l’interprète plus ou moins consentant. Et, comme on le voit dans la tragédie d’Œdipe, toute tentative pour échapper au destin ne consiste finalement qu’àl’accomplir d’une autre manière.
Cette opposition doit cependant être nuancée. En effet, notre liberté d’agir dans et sur le monde (notamment en modifiant notre milieu naturel par l’activité technique) repose sur une nécessité existante : la fixité des lois naturelles. Si les phénomènes naturels étaient changeants et irréguliers, nous ne pourrions ni constituer des sciences ( formuler des lois dela nature), ni appliquer cette connaissance dans les techniques. Sans cet ordre constant que nous présupposons dans la nature, nous ne pourrions même pas nous repérer dans notre environnement. C’est ce que souligne Kant dans cet extrait de la Critique de la raison pure :
« Si le cinabre [ métal de couleur rouge] était tantôt rouge, tantôt noir, tantôt léger, tantôt lourd, si un homme setransformait tantôt en un animal en un animal, tantôt en un autre, si dans un long jour la terre était tantôt couverte de fruits, tantôt de glace et de neige, mon imagination … ne pourrait jamais trouver l’occasion de recevoir dans la pensée le lourd cinabre avec la représentation de la couleur rouge. » (Critique de la Raison Pure, Analytique des concepts, chapitre II, 2e section).
En résumé,pour que l’homme puisse, notamment par ses techniques, « se rendre comme maître et possesseur de la nature » (la formule est de Descartes), il faut supposer que la nature est soumise à un déterminisme (ou à une nécessité) absolu, qu’elle ne recèle aucun mystère, aucun phénomène inexplicable (ou « surnaturel »).

De même, on peut envisager la physique cartésienne sous un angle éthique enremarquant que, si la nature peut apparaître comme un objet de connaissance , mais aussi comme un ensemble de phénomènes se prêtant à l’application de cette connaissance, c’est-à-dire à une technique, c’est bien parce que, comme l’écrit Descartes,  «  la nature n’est pas une déesse », qu’elle ne recèle aucun mystère, et que l’inconnu a la même structure que le connu. Le projet cartésien visant àrendre l’homme « comme maître et possesseur de la nature » repose donc finalement sur cette supposition que, dans la nature, tout n’est que montage et composition, qu’il est loisible à l’esprit humain de décomposer par l’analyse, puis de recomposer par synthèse. Cette maîtrise intellectuelle et pratique , cette possibilité première de penser et d’agir, pour l’homme, impliquent la soumission de lanature entière à un déterminisme absolu, et, corrélativement, l’assimilation de toute action à une action mécanique.
Or c’est là qu’une difficulté se présente : si toute action, dans le monde est soumise à un déterminisme strict, aucune action libre n’est pensable. C’est pourquoi, dans la pensée cartésienne, l’homme constitue, dans la nature, une remarquable exception : si, en tant que corps,il relève d’une physique qui assimile méthodiquement, par ailleurs, le vivant au mécanique, il est a priori dégagé, en tant qu’âme séparée réellement du corps, de cette nécessité qui régit la nature tout entière. Descartes pose ainsi que nous avons immédiatement conscience de notre liberté, c’est-à-dire de la liberté de notre volonté : « La liberté de notre volonté se connaît sans preuve, par...
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