Locke

842 mots 4 pages
Mieux, une personne peut étendre cette méchanceté contre elle-même, même à l’égard de sa fortune présente, et la pousser si loin qu’elle recherche à dessein l’affliction et accroît ses douleurs et ses chagrins. Cela peut arriver en deux occasions. Premièrement, lors de la détresse et l’infortune d’un ami ou d’une personne chère ; deuxièmement, quand on éprouve du remords pour un crime dont on s’est rendu coupable. C’est de ce principe de comparaison que naissent ces deux appétits irréguliers pour le mal. Une personne qui se laisse aller à un plaisir pendant que son ami est dans l’affliction, quand elle réfléchit, sent plus sensiblement le malheur de son ami en le comparant avec le plaisir original dont elle jouit. Ce contraste devrait d’ailleurs aviver le plaisir actuel mais, comme le chagrin est ici supposé être la passion prédominante, toute addition tombe de ce côté et y est engloutie sans agir le moins du monde sur l’affection contraire. Le cas est le même avec ces pénitences que des hommes s’infligent pour leurs fautes et leurs péchés passés. Quand un criminel réfléchit au châtiment qu’il mérite, l’idée de ce châtiment mérité est amplifiée par une comparaison avec son aise et sa satisfaction actuelles qui le force, d’une certaine manière, à rechercher le déplaisir pour éviter ce contraste si désagréable.

Ce raisonnement expliquera aussi bien l’origine de l’envie que celle de la méchanceté. La seule différence entre ces passions se trouve en ceci, que l’envie est excitée par quelque jouissance actuelle d’autrui qui, par comparaison, diminue l’idée de la nôtre, alors que la méchanceté est un désir sans autre raison que de faire mal à autrui pour en tirer un plaisir par comparaison. La jouissance qui est l’objet de l’envie est habituellement supérieure à la nôtre. Une supériorité semble naturellement nous faire de l’ombre et présenter une désagréable comparaison. Mais, même dans le cas d’une infériorité, nous désirons encore une plus grande distance afin

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