Neuf mois dans les hôpitaux français

Pages: 21 (5218 mots) Publié le: 11 mai 2011
De Mars à Décembre 1917
 

 
RÉCIT D’UN BLESSÉ
 
(Repli allemand)
 
D’après les notes du caporal Paul TH., 7e Cie, 140e R.I.,
27e D.I., Barthélemy, 14e C.A., Marjoulet, IIIe A., Humbert.
 
Le 17 mars, nous sortons des lignes d’Armancourt et trouvons les tranchées allemandes évacuées ; nous avançons avec prudence, craignant un piège ; mais non, il n’y a plus d’ennemis devantnous ; les Allemands sont en retraite, ils se sont esquivés pendant la nuit sans que nous nous en doutions.
Nous les poursuivons dans la direction du nord-est ; la contrée que nous traversons est ravagée, les villages sont encore en flammes pour la plupart, les arbres fruitiers eux-mêmes sont abattus ; cette destruction sauvage et systématique nous transporte de fureur.
 

 19 mars. - Le 19, dans la nuit, nous pénétrons dans Ham ; nous y retrouvons quelques habitants que les Boches avaient enfermés dans l’église et qui viennent d’être délivrés par les camarades qui nous précèdent.
La petite ville est en grande partie détruite, le château a sauté, ainsi que la gare et le pont du chemin de fer ; tous les carrefours sont creusés d’entonnoirsimpressionnants, de la même largeur que la route, les maisons avoisinantes gisent en morceaux au fond de ces trous.
Nous cantonnons dans une usine intacte située au bord du canal en dehors de la ville ; c’est là qu’étaient installées les douches de l’armée allemande. Nous y dormons sur le ciment, roulés dans nos couvertures. Le ravitaillement n’a pu nous suivre, les routes sont coupées, il n’y a pasde distribution ; nous serrons nos ceintures en philosophes que nous sommes devenus.
 
20 mars. - Le 20 mars, au petit jour, nous repartons vers l’est en suivant la voie du chemin de fer ; les rails sont brisés tous les cinq mètres, la poudre a fait son œuvre.
Il y a de nombreux arrêts dans la marche ; nous sommes en réserve, les coloniaux nous précèdent, l’ennemi ne réagitque faiblement ; au lointain, quelques coups de canon et quelques crépitements de mitrailleuses se font entendre.
Les mitrailleurs boches résistent jusqu’à la dernière minute, ils sont en motocycles et ne démarrent à toute vitesse que quand ils se voient menacés d’encerclement.
Vers le soir, nous parvenons dans un village qui brûle encore, ce doit être Ollezy ; beaucoup de maisonsen flammes sont marquées bizarrement de croix et de cercles peints en blanc, signes incompréhensibles pour nous. A la sortie du village, une ferme isolée et brûlée nous est désignée comme « cantonnement ».
Nos mitrailleurs ont l’idée saugrenue d’attacher leurs mulets à un mur calciné et peu solide, les mulets tirent sur leurs licous et le mur s’écroule sur eux : sept mulets sontécrabouillés.
Le vétérinaire s’amène, il n’y a rien à faire, les animaux sont perdus. Comme nous n’avons toujours rien à bouffer, nous sommes autorisés à dépecer les mulets ; les cuistots du bataillon se livrent à cette opération sanglante et se partagent les meilleurs morceaux. Pour faire griller la viande, ils n’ont nul besoin d’allumer les roulantes : ils la font rôtir sur les braises ardentesdes foyers d’incendie ; c’est très commode, il y a du feu partout.
Dans la cour de notre ferme brûlée, nous découvrons tout à coup un assez grand nombre de petites pommes de terre dédaignées par les Allemands ; nous les ramassons précieusement une par une ; elles sont emportées à la rivière pour y être lavées. Dans le jus de mulet on jette ces pommes de terre, sans les éplucher naturellement; elles sont si petites que, si on les épluchait, il n’en resterait rien.
Et voilà notre souper d’Ollezy : du mulet et des patates, grosses comme des billes, dont les Boches n’ont pas voulu.
Nous couchons dans un grenier presque intact, poussiéreux et sans un brin de paille. Nous ne recevons ni pain, ni pinard ; derrière nous les grands arbres bordant les routes y sont couchés...
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