Nietzsche Et Heidegger

4180 mots 17 pages
Angèle Kremer-Marietti

Le Nietzsche de Heidegger
Sur la Volonté de puissance1
Heidegger part d'un point de vue strictement heideggerien quand il affirme que la « Volonté de Puissance dénomme le caractère fondamental de tout étant » (N
I, 36) 2. Sur la base de la notion d'étant, qui indique la perspective à partir de laquelle il va vouloir intégrer Nietzsche dans sa problématique propre, dès le principe Heidegger fait remonter la position nietzschéenne ainsi présentée à tout ce que la tradition allemande a pu apporter quant à la notion de volonté, avec Schopenhauer, Schelling, Hegel, Leibniz. Il ajoute même avec hauteur :
« La dépendance n'est jamais que celle de la petitesse par rapport à la grandeur » (N I, 40). Et, dès le seuil de son « grand livre », Heidegger couvre toutefois cette allusion d'une dénégation pour le moins ambiguë :
« L'on ne saurait du tout affirmer que la doctrine nietzschéenne de la
Volonté de puissance serait dépendante de Leibniz ou de Hegel ou de
Schelling, pour suspendre, à partir de cette constatation, toute réflexion plus avancée » (ibid.).

Estimant, quant à lui, que ce qu'il « convient de penser » en philosophie est prioritairement « l’être de l'étant », c'est sous cet angle de certitude que
Heidegger aborde donc la notion de Volonté de puissance en déclarant, en outre, cette dernière se trouver « dans la ligne de la meilleure et de la plus importante tradition de la philosophie allemande » (N I, 39). Mais, en prétendant rappeler à la vie philosophique l'être dont la vérité a été « oubliée »,
Heidegger ne se compte certes pas lui-même dans la tradition à laquelle il dit voir Nietzsche appartenir, non pas en ce qui concerne « l'être de l'étant » qui est le point de vue privilégié par lequel Heidegger se démarque lui-même de cette
« importante tradition », et à partir duquel il examine « Nietzsche », mais plutôt en ce qui concerne la « volonté » sur laquelle il attire selon nous
1

Article paru dans la Revue internationale de

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