Notre coeur

Pages: 225 (56006 mots) Publié le: 13 novembre 2012
PREMIÈRE PARTIE
-- I --
Un jour Massival, le musicien, le célèbre auteur de Rébecca, celui que, depuis quinze ans déjà on appelait "le jeune et illustre maître", dit à André Mariolle, son ami :
- Pourquoi ne t'es-tu jamais fait présenter à Mme Michèle de Burne ? Je t'assure que c'est une des femmes les plus intéressantes du nouveau Paris.
- Parce que je ne me sens pas du tout misau monde pour son milieu.
- Mon cher, tu as tort. C'est là un salon original, bien neuf, très vivant et très artiste. On y fait d'excellente musique, on y cause aussi bien que dans les meilleures potinières du dernier siècle. Tu y serais fort apprécié, d'abord parce que tu joues du violon en perfection, ensuite parce qu'on a dit beaucoup de bien de toi dans la maison, enfin parce que tupasses pour n'être pas banal et point prodigue de tes visites.
Flatté, mais résistant encore, supposant d'ailleurs que cette démarche pressante n'était point ignorée de la jeune femme, Mariolle fit un "Peuh ! je n'y tiens guère" où le dédain voulu se mêlait au consentement acquis déjà.
Massival reprit :
- Veux-tu que je te présente un de ces jours ? Tu la connais d'ailleurs par nous tousqui sommes de son intimité, car nous parlons d'elle assez souvent. C'est une fort jolie femme de vingt-huit ans, pleine d'intelligence, qui ne veut pas se remarier, car elle a été fort malheureuse une première fois. Elle a fait de son logis un rendez-vous d'hommes agréables. On n'y trouve pas trop de messieurs de cercle ou du monde. Il y en a juste ce qu'il faut pour l'effet. Elle sera enchantéeque je t'amène à elle.
Vaincu, Mariolle répondit :
- Soit, un de ces jours.
Dès le début de la semaine suivante, le musicien entrait chez lui, et demandait :
- Es-tu libre demain ?
- Mais... oui.
- Bien. Je t'emmène dîner chez Mme de Burne. Elle m'a chargé de t'inviter. Voici un mot d'elle, d'ailleurs.
Après avoir réfléchi quelques secondes encore, pour la forme,Mariolle répondit :
- C'est entendu !
Agé d'environ trente-sept ans, André Mariolle, célibataire et sans profession, assez riche pour vivre à sa guise, voyager et s'offrir même une jolie collection de tableaux modernes et de bibelots anciens, passait pour un garçon d'esprit, un peu fantasque, un peu sauvage, un peu capricieux, un peu dédaigneux, qui posait au solitaire plutôt parorgueil que par timidité. Très bien doué, très fin, mais indolent, apte à tout comprendre et peut-être à faire bien beaucoup de choses, il s'était contenté de jouir de l'existence en spectateur, ou plutôt en amateur. Pauvre, il fût devenu sans doute un homme remarquable ou célèbre ; né bien renté, il s'adressait l'éternel reproche de n'avoir pas su être quelqu'un. Il avait fait, il est vrai, destentatives diverses, mais trop molles, dans les arts : une vers la littérature, en publiant des récits de voyage agréables, mouvementés et de style soigné ; une vers la musique en pratiquant le violon, où il avait acquis, même parmi les exécutants de profession, un renom respecté d'amateur, et une enfin vers la sculpture, cet art où l'adresse originale, où le don d'ébaucher des figures hardies ettrompeuses remplacent pour les yeux ignorants le savoir et l'étude. Sa statuette en terre "Masseur tunisien" avait même obtenu quelque succès au salon de l'année précédente.
Remarquable cavalier, c'était aussi, disait-on, un excellent escrimeur, bien qu'il ne tirât jamais en public, obéissant en cela peut-être à la même inquiétude qui le faisait se dérober aux milieux mondains où des rivalitéssérieuses étaient à craindre.
Mais ses amis l'appréciaient et le vantaient avec ensemble, peut-être parce qu'il leur portait peu d'ombrage. On le disait en tous cas sûr, dévoué, agréable de rapports et très sympathique de sa personne.
De taille plutôt grande, portant la barbe noire courte sur les joues et finement allongée en pointe sur le menton, des cheveux un peu grisonnants mais...
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