On ne naît pas femme

Pages: 6 (1472 mots) Publié le: 22 mai 2013
On ne naît pas femme« On ne naît pas femme, on le devient »...

 La célèbre formule de Simone de Beauvoir pourrait bien résumer l'enjeu du débat contemporain sur l'identité du sujet humain. La question du « genre », que l'on dissocie en langue anglaise du « sexe », fonde en effet une problématique qui décide de la façon de considérer les identités historiques ou communautaires, une questioncentrale dans la démocratie contemporaine.

Que le genre puisse être distingué du sexe entraine la potentialité de leur désarticulation. Dès lors le « masculin » n'est plus entraîné par le « mâle » et le féminin par le « femelle ». En français, le sexe - à supposer qu'il n'y en ait que deux, ce qui est aujourd'hui contesté - entraîne le genre, mais il est évident que, depuis les années 1970, etsans doute avec Simone de Beauvoir, on parle de « féminitude », de « féminité », ce qui suppose que le féminin soit plus grand que le « femelle »...

Tout un univers de pensée se profile dans ces variations, celui de la modernité politique. Le sexe serait « biologique », le genre serait « culturel » - on dirait aujourd'hui « socialement construit ». Si bien que c'est dans le genre que s'affirmeraitla liberté et l'humanité de l'humain, le seul domaine ou sa volonté pourrait s'exercer. La phrase de Beauvoir suppose en effet que la condition de femme - avec tout ce qu'elle implique de négatif- n'est pas une fatalité, dans le sens où elle devrait être subie, sans échappatoire possible. Elle supporte deux interprétations. La première énonce un tel jugement au nom de l'existence d'un sujetuniversel et abstrait qui ne serait ni homme, ni femme et que pourraient revendiquer les femmes assignées à la condition (dégradée) de femmes. De ce point de vue la femme serait définie, dans le meilleur des cas, comme un homme au sexe différent et, dans le pire des cas, comme un homme dégradé : la notion d'homme étant entendue autant dans le sens latin d'humain que de la condition virile de l'homme.C'est ce qu'exprimaient dans le débat français sur la parité les femmes qui refusaient d'être reconnues comme femmes dans la citoyenneté. Mais plutôt comme citoyens. L'autre interprétation possible est celle qui triomphe aujourd'hui : la femme - comme l'homme - sont des êtres que la société et les moeurs ont produits. Les êtres humains sont au départ ni hommes ni femmes (quoiqu'ils aient un sexe «physiologique » différent, considéré alors comme une donnée morphologique dénuée de sens). C'est la société qui les assigne au masculin ou au féminin.

***

Ce jugement n'a en fait rien de nouveau. C'est ce que sociologues et psycho- logues savent déjà depuis longtemps. Ce qui est radicalement nouveau par contre, c'est la conclusion politique que l'on en tire. Elle fait vaciller les basesmêmes de la société et de la définition du sujet humain. L'analyse sociologique, si elle statuait sur la construction sociale des genres, n'avait en effet jamais tiré la conclusion que cette construction était arbitraire et le fruit d'une domination qu'il fallait renverser ni que chaque individu pouvait décider librement, au nom de l'individualisme et du libre arbitre, de quel genre il serait.

Ici,nous voyons deux idées beauvoiriennes se télescoper : celle de la construction sociale du féminin et celle du féminin comme condition marquée par la domination. Si on est ici sorti de la pensée de S. de Beauvoir, il faut reconnaître qu'elle prête le flanc à un tel glissement. Le fait que les genres soient socialement construits signifie-t-il que le sexe n'implique pas une identité ? Le contrairesignifierait la réduction du sexe à la biologie... Implique-t-il que l'on puisse choisir son sexe ? L'identité, c'est justement ce que nous ne choisissons pas puisque nous naissons dans telle famille, tel peuple, telle culture, tel sexe, sans l'avoir choisi ni voulu. Nous sommes ici dans la perspective d'une utopie politique qui s'abreuve au volontarisme typique de la modernité, poussé jusqu'à...
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