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Pages: 51 (12573 mots) Publié le: 24 février 2011
 « [...] Parmi tous ces résultats positifs, dus à un ensemble de causes et d'événements dont les croisades représentent l'aspect militaire (mais indissociable du social et du religieux [...]) il faut faire un sort particulier à la découverte progressive de l'Autre par les chrétiens d'Occident.
   La découverte a-t-elle été réciproque ? Il faut souligner d'emblée que chrétienté et Islam n'étaientpas sur la même ligne de départ en ce qui concerne la connaissance de l'Autre : le Prophète lui-même avait rencontré des ermites chrétiens, et les premiers musulmans (en dehors du groupe de tribus bédouines sorties de leur syncrétisme païen) étaient pour une bonne part des chrétiens convertis. Les Eglises chrétiennes d'Orient, nombreuses, vénérables et florissantes, étaient bien connues de leursmaîtres musulmans. De leur côté , les Byzantins se sont montrés assez vite capables de trouver des points de repère face à ce nouveau phénomène religieux : ce sont les évêques, leurs moines et leurs savants qui ont eu, les premiers, certaines informations sur l'Islam, par l'intermédiaire syrien, même s'ils ont longtemps sous-estimé le problème posé par cette nouvelle religion, tenue pour une formebizarre et peu intéressante de barbarie. Les musulmans, eux, étaient parfaitement au courant de l'existence des roumi, les Byzantins, mais ils n'avaient aucune raison de s'intéresser aux lointains et rustiques farandji , les Francs ( seuls les Arabo-Berbères d'Espagne auront un premier contact avec eux dans les vingt premières années du VIII è siècle). Mais le fait que les farandji étaientchrétiens constituait déjà, pour l'Islam, une information tout à fait intelligible.
  En revanche, les chrétiens d'Occident n'avaient aucune idée claire sur laquelle ils pouvaient s'appuyer pour comprendre qui étaient ces nouveaux arrivants et ce qu'ils pensaient. Dans la tradition latine, conservée dans une large mesure mais peu diffusée, les Arabes étaient réputés molles , efféminés et corrompus ; etleur pays était l'Arabia  felix , la mystérieuse contrée des épices et du fabuleux Phénix, et celle où la Bible situait le royaume de la reine de Saba. Au bout de quelques décennies, tout devient plus clair : les razzias sarrasines sur les côtes occidentales n'étaient sans doute pas le meilleur moyen d'amorcer une rencontre amicale, mais elles ont dû apporter leur lot d'informations. Des épisodescomme les relations diplomatiques entre Charlemagne et certains wali espagnols ou avec le maître de Bagdad, la lettre de la marquise de Toscane au calife, les relations pour le moins ambigües entre les corsaires sarrasins et Hugues de Provence sont autant de signes que des lueurs de connaissance mutuelle filtraient à travers le brouillard d'une ignorance réciproque, mais inégalement distribuéeentre les deux camps.
  En 1076, le pape Grégoire VII et l'émir Hammadide de Bougie échangent des ambassadeurs et des informations sur des questions touchant à la communauté chrétienne de cette ville. Dans sa lettre, le pontife écrit que « d'une manière différente, nous reconnaissons tous les deux un Dieu unique, et chaque jour nous Le louons et L'adorons comme créateur et souverain de l'univers »,ce qui témoigne d'une prise de conscience très explicite de la nature de la religion adverse.
  Et pourtant, on reste confondu devant l'image de l'Islam qui émerge des textes décrivant les musulmans au moment de la première croisade, non seulement ceux des chroniqueurs (d'ailleurs avares d'informations à ce sujet) mais surtout les poèmes épiques, dont il ne faut pas oublier qu'ils étaient rédigésou recueillis dans des cercles totalement laïques ou presque, et qu'ils véhiculaient une propagande destinée aux laïcs et aux illettrés. 
La connaissance que l'Europe occidentale du XI è siècle avait de l'Islam était maigre, confuse, pleine de lacunes ; de plus, elle se répartissait en différents niveaux de savoir et d'utilisation, et elle était l'objet d'une médiation organisée qui en...
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