Peut-on être sûr d'avoir raison?

Pages: 8 (1951 mots) Publié le: 6 novembre 2010
A première vue, la question ne se pose pas. Lorsqu'on est sûr, on ne se pose pas la question de rendre raison. On ne cherche à s'expliquer que lorsqu'on nous oppose (ou que nous nous opposons à nous-même) un doute, que l'on soupçonne que ce que l'on tient pour vrai n'est qu'apparence de savoir et non savoir. Mais la question se complique encore : même si j'en rends raison par des arguments quisuffisent à calmer les soupçons, est-ce m'assurer pourtant que mon point de vue est bien le plus rationnel ? L'ai-je bien convaincu, par des moyens rationnels ou seulement persuadé, c'est-à-dire affectivement attaché ? Comment savoir ?
Cette situation nous montre la difficulté de départager entre croire et savoir, entre opinion qui passe pour savoir, et connaissance en vérité. A quelles conditionsest-il légitime de tenir son discours pour rationnel ? L'enjeu de cette question est d'éviter deux écueils : l'une qui consisterait à s'appuyer sur l'évidence spontanée de ce que l'on tient pour vrai et qui ne produirait que préjugés ; l'autre, symétriquement inversée, qui nous inviterait au scepticisme, et à ne plus rien affirmer ou nier, et donc à relativiser la raison. Tout se vaudrait : il n'yaurait aucun jugement plus rationnel qu'un autre.
Il s'agirait d'enquêter sur ce qui fonde en raison mon point de vue, ou tout discours que je prétends tenir pour vrai. Puis-je m'appuyer sur ma propre certitude pour attester de la validité ou de la légitimité de mon affirmation ? La certitude subjective suffit-elle à être un critère indubitable de rationalité ? Ou bien faut-il s'appuyer sur desprocédures rationnelles de démonstration pour être sûr d'avoir raison ? Cela tiendrait à condition de trouver une méthode certaine d'elle-même, indubitable qui puisse fonder sa propre validité rationnelle. Mais si cela repose sur un présupposé métaphysique qui dépasse l'ordre de la raison elle-même, faut-il en conclure à l'impossibilité d'inscrire son discours sous l'égide de la raison et enrester à la relativité des points de vue ? Cela ferait du discours un sophisme pour acquérir du pouvoir sur autrui. Cela nous inviterait à réfléchir les conditions pour établir un discours qui puisse être universalisable et ainsi inscrire en moi le point de vue de tous.
1- Par définition, ce que je crois, c'est ce que je tiens pour vrai : ma certitude serait le guide évident de ma raison.
a) Opinerest l'œuvre d'un jugement ; parce que j'affirme, je le tiens pour vrai. Mes doutes ne feraient que renforcer les raisons que je me donne pour confirmer ce que je crois. Pour avoir raison, il me suffirait de pouvoir me donner des justifications aux yeux d'autrui. Il s'agirait de bien exposer mon point de vue pour bien en rendre raison, de parler sans m'y connaître. On reconnaît la démarche de ceuxprofessent parler de tout sans pour autant être spécialiste de rien : les sophistes auxquels va s'opposer Socrate puis Platon.
b) Il suffirait de suivre ce qui est évident pour rendre raison de nos opinions. Chacun serait la mesure de la vérité son propre bon sens dont on croit « être si bien pourvu » (R. Descartes, Discours de la méthode). Pour juger en raison, il n'y aurait qu'à affirmer ensachant bien parler. Persuader suffirait à asseoir son point de vue aux yeux des autres comme de soi. Pour avoir raison, il suffirait d'avoir autorité dans le débat, savoir séduire les foules. On serait d'autant plus sûrs d'avoir raison que la foule adhère à notre discours. Preuve d'habilité et d'esprit de finesse plutôt que d'esprit de géométrie.
c) Mais on ne voit pas bien ce qui sépare cetattachement spontané à ce que nous croyons être l'évidence et ce qui relève de l'acception passive d'un préjugé. La foule adhère à la même croyance que moi. Mais qu'est-ce qui m'assure que je ne suis pas le jouet d'une illusion, ou de ce à quoi j'adhère en toute ignorance de cause ? Je serai pris à mon propre jeu : je me serai persuadé de savoir alors que je ne suis pas sûr d'avoir touché à un jugement...
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