Philo

Pages: 12 (2770 mots) Publié le: 8 novembre 2014
Avons-nous besoin d'autrui pour avoir conscience de nous-mêmes ?
Introduction
La vie humaine laisse peu de place à la solitude : nous sommes sans cesse accaparés par les préoccupations qu'entraînent les obligations sociales et la présence des autres, et de ce fait constamment détournés de nous-mêmes. La solitude, dans la mesure où nulle parole et nul regard extérieur ne viennent y requérirnotre attention, serait alors ce moment privilégié où, dans le recueillement, nous pourrions enfin nous retrouver. Certes, on peut fort bien être seul et penser à tout autre chose qu'à soi ; il n'en reste pas moins que la solitude, en nous isolant du bruit et de la fureur du monde, facilite par là même le retour à soi – retour dont elle serait, pour ainsi dire, la condition nécessaire, quoique nonsuffisante. « Retourne à toi-même, car c'est dans l'homme intérieur qu'habite la vérité », affirmait saint Augustin : l'absence d'autrui est un moment nécessaire à la connaissance de soi. Je suis en effet, pour reprendre une autre formulation augustinienne, tout à la fois « le plus proche et le plus éloigné de moi-même » : seul à savoir qui je suis, j'ai pourtant à le découvrir, précisément dans lerecueillement et l'introspection.
Cependant, autre chose est de dire que nous n'avons peut-être pas besoin d'autrui pour parvenir à la connaissance de soi, autre chose de soutenir que la solitude est nécessaire à la prise de conscience de soi : car enfin, avoir conscience de sa propre existence, exister et savoir que l'on existe, ce n'est pas la même chose que savoir qui l'on est, c'est-à-dire seconnaître soi-même. Peut-être alors est-ce dans l'absence des autres qu'on parvient à la connaissance de soi mais, pour autant, n'avons-nous pas besoin d'autrui pour avoir conscience de nous-mêmes ? En d'autres termes, puis-je avoir conscience de ma propre existence dans la solitude, voire le solipsisme ?
Telle est, en tout cas, la position de Descartes : si, dans ma quête d'une véritéindubitable, je m'isole du monde et suspends jusqu'à ma croyance en son existence, c'est bien dans un acte solitaire qu'est rendue possible la pure présence de soi à soi, dans l'intuition du « je pense » dont la possibilité fonde toutes les autres. Davantage même, cet acte est solipsiste : il ne s'agit pas seulement de dire que je n'ai pas besoin d'autrui pour prendre conscience de moi, il faut soutenirque je n'ai besoin de rien d'autre que de moi-même, et pas plus d'autrui que du monde. Pour autant, cela signifie-t-il qu'autrui soit absent de la solitude où je me pense ? Que dans l'isolement où je peux choisir de me retirer il soit de fait physiquement absent, cela ne signifie point qu'il ne hante pas le dialogue intérieur que je me tiens silencieusement à moi-même : n'est-ce pas encore, eneffet, dans le langage de la communauté que « je pense », et me pense, dans ce langage autrement dit que je parviens à la certitude de ma propre existence ? Au reste, est-il bien certain que la conscience soit, comme le pose Descartes, une substance capable de se saisir d'elle-même indépendamment de tout le reste ? Puis-je prendre conscience de moi, quand bien même le monde devrait être tenu pour unevaine chimère qui n'aurait pas plus de réalité que « les illusions de mes songes » ? À moins qu'il ne nous faille admettre que ce monde, tel que le travail humain l'a modifié, nous offre un miroir indispensable à la conscience de soi. Mais, dans ce cas, une telle prise de conscience ne saurait se faire sans autrui, impliqué comme en filigrane dans un monde que je n'ai pas modifié tout seul et parmes seules forces.
I. La prise de conscience de soi est un acte solipsiste
Dans le « cours ordinaire de la vie », comme le remarquait Descartes, je suis requis par la nécessité d'agir et d'œuvrer : il me faut travailler pour assurer ma propre survie. Simplement, il me serait impossible, par mes seules forces, de subvenir à tous mes besoins : aussi mon travail m'intègre-t-il d'emblée à une...
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