Poétique du corps et du nu

Pages: 10 (2447 mots) Publié le: 17 août 2013
L.A. Zombie est un film réalisé par Bruce LaBruce en 2010 aux Etats-Unis. Produit par deux studios pornographiques (Dark Alley et Wurstfilm), il sort initialement sur les écrans dans une version d'un peu plus d'une heure, puis se voit par la suite agrémenté de rajouts purement pornographiques dans une version « hardcore ». Durant dorénavant presque 1h45, cela fait suite à un accord passé avec lesstudios, puisque les partie rajoutées n'apparaissent pas dans une parfaite continuité et sont très repérables. Une version non pornographique d'abord pour permettre une exploitation en salles et une version pornographique pour l'exploitation DVD de ces studios.
Le film s'érige sur les cendres encore chaudes du précédent film du réalisateur, Otto; or up with the dead people, qui mettait déjà unzombie en scène. Au sein du film, on lui posait certaines questions :
« What do you do for a living?
A living?
An unliving?
I'm unemployed.
Where do you live? … Unlive?
I'm a homeless.
Where do you sleep?
I never sleep. Zombies never sleep. »1
C'est à son compte que Bruce LaBruce reprend les réponses pour en faire une variation avec L.A. Zombie.
Le film retrace donc, en filigrane, dans unLos Angeles des années 1980, l'errance d'un zombie mise en parallèle avec celle d'un SDF, tous deux interprétés par l'acteur pornographique François Sagat. Au fur et à mesure que le film avance, le zombie est amené à croiser des cadavres sur son chemin. S'accouplant avec eux, il leur redonne la vie.
Si le film est bien sûr très emprunt de l'imagerie pornographique (on parle même de porno-gore),comme d'autres films « pornographiques d'auteur », le caractère fonctionnel est bien souvent compromis, et la vocation masturbatoire mise en doute. Bruce LaBruce jouissant d'une liberté totale reconfigure absolument tous les aspects du film. Ne s'accrochant pas à un quelconque réalisme, cela va du redimensionnement du temps et de l'espace, jusqu'à redessiner les corps dans le but d'en faireémerger un malaise et même plus.
Bruce LaBruce bâtit en effet son film exactement sur le même carcan que le serait celui d'un film pornographique : des scènes se succèdent dans un lieu clôt, les rapports ont lieu, et les plans finissent tous avec un fondu au noir. Il s'agit tout le temps de scènes de duos, sauf la dernière, où une scène de groupe est présentée, de la même manière que l'actionculminante d'un film pornographique serait en effet l'acte à plusieurs. De plus, dans chaque scène il y a bien un « plan Bazinien », plan de la pénétration pour attester que, oui, il y a bien rapport, plan si cher à la production pornographique. Par ailleurs, l'idée de pornotopie, lieu reclus de la société comme seul endroit où l'acte pornographique peut prendre place, est constamment utilisée, voiredémontrée tellement sont caractère est ostensible. François Sagat « aspire » les cadavres qu'il trouve dans un lieu clôt, que ce soit un bord de route, ou un intérieur quelconque. La pornotopie saute aux yeux par la foule de « faux-raccords » entre l'extérieur et ce lieu fantasmé, qui fait tout de suite studio de tournage par le carton-pâte de ses décors. La manifestation la plus évidente est sans doutelorsque François Sagat découvre un cadavre de SDF dans un carton. Dans le plan large de l'extérieur, ce carton a des dimensions très limitées : on peut à peine y tenir allongé. Mais dans le plan en raccord de l'intérieur, les dimensions sont magiquement reproportionnées. On peut soudain s'y tenir debout, il y a un matelas et même un peu de mobilier. La vraisemblance n'est donc pas de mise,d'ailleurs le son disparaît alors que l'ont devrait pouvoir entendre, en toute logique, l'extérieur direct. Ici, ce n'est pas ce qui importe. On est dans un lieu hors du monde et hors du temps, et c'est par le fondu au noir dont nous parlions précédemment que l'on en ressort. De plus, cet espace hors du monde, « pornotopique », est aussi mis en parallèle avec le monde des SDF dont il est question,...
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