Politique coloniale

Pages: 10 (2458 mots) Publié le: 26 mars 2012
De la « mission civilisatrice » coloniale à l’ingérence humanitaire

par Rony Brauman
http://www.ldh-toulon.net/imprimer.php3?id_article=920

mis en ligne : mercredi 12 octobre 2005

Depuis la chute du mur de Berlin, le droit d’ingérence humanitaire est souvent invoqué pour justifier des interventions militaires occidentales. Au point que l’ancien secrétaire d’Etat américain Colin Powellconsidérait les organisations non gouvernementales comme « une part si importante de notre équipe de combat ».

Voilà qui rappelle le vieux discours colonial sur la « mission civilisatrice ».

Cet article est un chapitre de « La Fracture coloniale. La société française au prisme de l’héritage colonial »  [1]


« Apporter la science aux peuples qui l’ignorent, leur donner routes, canaux,chemins de fer, autos, télégraphe, téléphone, organiser chez eux des services d’hygiène, leur faire connaître enfin les droits de l’homme, c’est une tâche de fraternité [...]. Le pays qui a proclamé les droits de l’homme, qui a contribué brillamment à l’avancement des sciences, qui a fait l’enseignement laïque, le pays qui, devant les nations, est le grand champion de la liberté [...] a la mission derépandre partout où il le peut les idées qui ont fait sa propre grandeur [...]. Il faut nous considérer comme investis du mandat d’instruire, d’élever d’émanciper d’enrichir et de secourir les peuples qui ont besoin de notre collaboration. » [2]

Ces mots, écrits en 1931 par le radical Albert Bayet lors du congrès de la Ligue des droits de l’homme consacré à la colonisation, devraient êtreexaminés avec attention par les acteurs contemporains de l’aide internationale. Si la formulation est désuète, ils seraient en effet bien en peine d’en désavouer le contenu, tant ce programme de modernisation sociale et politique reste actuel. Le même congrès de la Ligue des droits de l’homme condamnait la « conception impérialiste de la colonisation », ne justifiant celle-ci qu’à la condition qu’ellese donne les buts « humanitaires » résumés par Albert Bayet.



Altruisme et modernisation


Pour ce courant humaniste de la colonisation, celle-ci, telle une « charge d’aînesse » était source de bienfaisance et d’élévation de mœurs, une obligation de conscience qui se déduisait de l’évidente supériorité de la société colonisatrice sur les peuplades concernées.

Quatre siècles auparavant,à l’époque de la conquête de l’Amérique, ce n’est pas au nom de la modernisation, mais de la christianisation, que le pouvoir conquérant s’exprimait, mais il ne manquait pas d’or insister sur les bienfaits apportés par les Espagnols aux contrées sauvages, et on trouve fréquemment ces énumérations : les Espagnols ont supprimé des pratiques barbares telles que les sacrifices humains, lecannibalisme, la polygamie, l’homosexualité, et ils ont apporté le christianisme, le costume européen, des animaux domestiques, des outils » [3]. Bartolomé de Las Casas, prêtre dominicain défenseur des Indiens, qui a décrit dans le détail le désastre de la conquête, condamnait l’esclavage et les traitements cruels tout en défendant la colonisation, laquelle devait être l’œuvre non des soldats mais desreligieux.

Qu’il n’y ait pas de contradiction, dans les esprits de ce temps, entre aspirations humanitaires et projet colonial, cela se voit également dans l’invention de l’action humanitaire moderne, avec la fondation de la Croix-Rouge. L’époque de l’impérialisme colonial s’est en effet ouverte en France à la fin des années 1850, quand allait être adoptée la première convention de Genève (1864),dont la France de Napoléon III fut la première signataire et le soutien le plus ferme (il s’en fallut de peu que la convention ne soit signée à Paris). Le « droit de conquête » n’y était pas mis en question, pas plus d’ailleurs que le droit de faire la guerre, puisqu’il s’agissait seulement de fixer des limites à celle-ci.

Gustave Moynier, le premier président de la Croix-Rouge, considérait...
Lire le document complet

Veuillez vous inscrire pour avoir accès au document.

Vous pouvez également trouver ces documents utiles

  • Politique coloniale de jules ferry
  • Debats sur la politique coloniale
  • Histoire de la politique marocaine post-coloniale
  • LA POLITIQUE ECONOMIQUE COLONIALE SUR LA COTE EST (MADAGASCAR) DANS LES ANNEES 1950
  • Les démocraties de l’après-guerre: l’héritage colonial a-t-il un impact sur la trajectoire politique actuelle?
  • Contexte socio politique de l'afrique coloniale et publication de une vie de boy de ferdinand oyono.
  • Les empires coloniaux
  • Expo colonial

Devenez membre d'Etudier

Inscrivez-vous
c'est gratuit !