Politique

Pages: 7 (1521 mots) Publié le: 6 février 2011
La mort de la deuxième gauche
Une manière d’envisager les échecs de la gauche française consiste à revenir sur son histoire récente. Ce genre d’exercice se place souvent sous l’alternative de la trahison et de l’archaïsme : si la gauche a échoué, c’est parce qu’elle a cessé d’être de gauche ou bien, à l’inverse, parce qu’elle n’a jamais rompu avec son surmoi marxiste. La première hypothèsen’explique rien tant que l’on n’a pas dit ce que signifie être «vraiment de gauche». Quant au surmoi marxiste, on peinerait à en déceler la trace dans les documents officiels du Parti socialiste, pour ne rien dire de sa politique effective. Au-delà du «mercato» journalistique, le passage de Jacques Julliard de la rédaction du Nouvel Observateur à celle de Marianne ouvre une nouvelle piste. On y a vul’acte de repentance d’un des représentants de la «deuxième gauche» qui, à la faveur de la crise, aurait (enfin) perçu les ravages de l’ultralibéralisme. Il est tentant de lire dans les explications de Julliard l’énoncé d’une position morale. La gauche dont nous aurions besoin est une gauche dégrisée à l’égard des vertus du profit. Il est vrai que la compromission des élites de la social-démocratieeuropéenne avec le capitalisme globalisé n’est pas pour rien dans l’affaissement de la gauche. Mais tout ne s’explique pas par le penchant de certains progressistes pour la business class. Le peuple ou la société civile ? Pour comprendre l’impasse actuelle, mieux vaut faire l’histoire politique et intellectuelle de la deuxième gauche. En 1977, au congrès de Nantes du Parti socialiste, Michel Rocarddéfend «la deuxième gauche, décentralisatrice, régionaliste, héritière de la tradition autogestionnaire, qui prend en compte les démarches participatives des citoyens, en opposition à une première gauche, jacobine, centralisatrice et étatique». A strictement parler, la deuxième gauche n’a jamais exercé le pouvoir en France, il est donc injuste de faire peser sur elle le poids des reniements.Certaines de ses idées ont, en revanche, rencontré l’air du temps au point de se diffuser naturellement dans le logiciel socialiste. C’est de cette rencontre, et non des idées elles-mêmes, que sont nées les difficultés idéologiques du présent. Dans le bagage intellectuel de la nouvelle gauche, on trouve le rejet des compromissions de la SFIO et du mitterrandisme avec l’appareil d’Etat durant la guerred’Algérie, la critique du totalitarisme (donc des équivoques de l’alliance PS-PCF des années 1970), et la conviction que le changement social ne se décrète pas d’en haut. Il n’y a rien à redire à ces certitudes, sinon qu’elles sont pour l’essentiel négatives et ne suffisent pas à fonder une politique. C’est pourquoi les théoriciens de la deuxième gauche les ont étayées sur une méthode : s’appuyer surles dynamiques progressistes de la société civile pour favoriser l’émancipation sociale. Depuis qu’elle a été introduite par les philosophes écossais du XVIIIesiècle, la notion de «société civile» vise à limiter l’absolutisme de l’Etat. Elle désigne les corps intermédiaires (associations militantes, syndicats, organisations non gouvernementales, presse, relais d’opinion) dont l’expérience, au-delàdes intérêts particuliers, vaut expertise pour la définition du bien commun. En misant sur la société civile, la deuxième gauche reprenait à son compte la veine à la fois libertaire et sociale issue de 1968. De la pensée de Michel Foucault jusqu’au militantisme de la CFDT s’impose un consensus anti-étatiste. Pas encore la «réforme» plutôt que la «révolution», mais les «microrésistances» et lesexpériences locales contre l’exercice vertical du pouvoir. La deuxième gauche réagit contre deux figures de l’autoritarisme qui ont fait bon ménage tout au long des Trente Glorieuses : le centralisme national du gaullisme et celui, supposé démocratique, du PCF. Dire «société civile», c’est un moyen de ne pas dire «Etat» en même temps qu’une manière de ne plus dire «peuple». Il ne s’agit pas...
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