Pour lire un texte littéraire

4310 mots 18 pages
Pour lire les clefs sous l’Ancien Régime
Anatomie d’un protocole interprétatif
Sous l’Ancien Régime, le phénomène des clefs connaît un essor sans précédent, dont les contemporains ont parfaitement conscience et que la critique moderne a souvent remarqué. Il s’agit d’abord d’une pratique d’écriture très en vogue, à propos de laquelle Bernard Beugnot a évoqué « l’habitude [des esprits du XVIIe siècle] de quêter [dans la littérature] leur reflet narcissique »1. On a régulièrement évoqué la fréquence, dans des genres variés, de la mise en scène sous des noms cryptés de personnalités historiques : le portrait, les correspondances érudites, la poésie mondaine, la littérature galante, les querelles littéraires, le conte de fées… Mais c’est surtout le roman, qu’il soit comique, satirique, héroïque, sentimental ou libertin, qui incarne la vigueur de cette pratique d’écriture, tout particulièrement illustrée par la vogue de ce que l’on intitule couramment le « roman à clefs ». On s’accorde généralement en effet pour voir sous l’Ancien Régime un âge d’or du « roman à clefs », voire son acte de naissance. Pourtant, dès lors qu’il s’agit d’étudier un cas particulier de roman allusif, une telle catégorie générique gêne une bonne part des critiques, pour qui elle consiste souvent à réduire un texte à un jeu de société n’ayant que peu de valeur littéraire. On arrive ainsi au paradoxe que le « roman à clefs » est reconnu par tous comme un genre majeur sous l’Ancien Régime, tout en apparaissant comme une catégorie évanescente, à laquelle on a bien du mal à rattacher un texte singulier. Seules quelques oeuvres, considérées comme mineures, relèveraient de manière consensuelle de ce genre : L’Histoire amoureuse des Gaules de Bussy-
Rabutin ou encore Les Amours du Grand Alcandre, dont il sera ici traité. Ce constat quelque peu déconcertant invite à se poser la question de la validité d’une entrée générique pour rendre compte d’une pratique d’écriture bien

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