Rousseau les confessions

Pages: 7 (1611 mots) Publié le: 16 février 2012
Intus, et in cute
Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple, et dont l’exécution n’aura point d’imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme, ce sera moi.
Moi seul. Je sens mon cœur et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j’ai vus ; j’ose croire n’être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je nevaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m’a jeté, c’est ce dont on ne peut juger qu’après m’avoir lu.
Que la trompette du Jugement dernier sonne quand elle voudra ; je viendrai ce livre à la main me présenter devant le souverain juge. Je lui dirai hautement : « Voilà ce que j’ai fait, ce que j’ai pensé, ce que je fus. J’ai dit lebien et le mal avec la même franchise. Je n’ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon, et s’il m’est arrivé d’employer quelque ornement indifférent, ce n’a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire ; j’ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l’être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que je fus, méprisable et vil quand je l’ai été, bon,généreux, sublime quand je l’ai été : j’ai dévoilé mon intérieur tel que tu l’as vu toi-même. Être éternel, rassemble autour de moi l’innombrable foule de mes semblables : qu’ils écoutent mes confessions, qu’ils gémissent de mes indignités, qu’ils rougissent de mes misères. Que chacun d’entre eux découvre à son tour son cœur aux pieds de ton trône avec la même sincérité, et puis qu’un seul te dise,s’il l’ose : « je fus meilleur que cet homme-là ».

Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions (« Préambule de Paris », publication posthume de 1781).

Sur les terrasses du Luxembourg, des enfants jouaient, je m’approchais d’eux, ils me frôlaient sans me voir, je les regardais avec des yeux de pauvres : comme ils étaient fort et rapides ! comme ils étaient beaux ! Devant ces héros de chair et d’os,je perdais mon intelligence prodigieuse, mon savoir universel, ma musculature athlétique, mon adresse spadassine ; je m’accotais à un arbre, j’attendais. Sur un mot du chef de la bande, brutalement jeté : « Avance, Pardaillan, c’est toi qui feras le prisonnier », j’aurais abandonné mes privilèges. Même un rôle muet m’eût comblé ; j’aurais accepté dans l’enthousiasme de faire un blessé sur unecivière, un mort. L’occasion ne m’en fut pas donnée : j’avais rencontré mes vrais juges, mes contemporains, mes pairs, et leur indifférence me condamnait. Je n’en revenais pas de me découvrir par eux : ni merveille ni méduse, un gringalet qui n’intéressait personne. Ma mère cachait mal son indignation : cette grande et belle femme s’arrangeait fort bien de ma courte taille, elle n’y voyait rien que denaturel : les Schweitzer sont grands et les Sartre petits, je tenais de mon père, voilà tout.
Jean-Paul Sartre, Les mots, 1964.

- Alors tu vas vraiment faire ça ? « Evoquer tes souvenirs d’enfance »… Comme ces mots te gênent, tu ne les aimes pas. Mais reconnais que ce sont les seuls mots qui conviennent. Tu veux « évoquer tes souvenirs »… il n’y a pas à tortiller, c’est bien ça.
- Oui, jen’y peux rien, ça me tente, je ne sais pas pourquoi…
- C’est peut-être… est-ce que ce ne serait pas… on ne s’en rend parfois pas compte… c’est peut-être que tes force déclinent…
- Non, je ne crois pas… du moins je ne le sens pas…
- Et pourtant ce que tu veux faire… « évoquer tes souvenirs d’enfance »… est-ce que ce ne serait pas…
- Oh, je t’en prie…
- Si, il faut se le demander : est-ceque ce ne serait pas prendre ta retraite ? te ranger ? quitter ton élément, où jusqu’ici, tant bien que mal…
- Oui, comme tu dis, tant bien que mal…
- Peut-être mais, mais c’est le seul où tu ais jamais pu vivre… celui…
- Oh, à quoi bon ? je le connais.
- Est-ce vrai ? Tu n’as pas vraiment oublié comment c’était là-bas ? comme là-bas tout fluctue, se transforme, s’échappe… Tu...
Lire le document complet

Veuillez vous inscrire pour avoir accès au document.

Vous pouvez également trouver ces documents utiles

  • Confessions , rousseau
  • Rousseau les confessions
  • Rousseau les confessions
  • Les confessions-rousseau
  • Les confessions de rousseau
  • Les confessions de rousseau
  • Rousseau : confessions
  • Les confessions rousseau

Devenez membre d'Etudier

Inscrivez-vous
c'est gratuit !