Serais-je moi-même sans autrui?

Pages: 17 (4219 mots) Publié le: 30 juillet 2013
Serais-je moi–même sans autrui ?

Les romantiques revendiquaient la singularité profonde du moi, singularité qui nous viendrait d’un noyau irréductiblement mystérieux situé dans les profondeurs de notre être, âme ou esprit. Ce qui nous caractérise donc avant toute chose c’est notre individualité, notre unicité qui tiendrait presque de l’inintelligible mais que pourtant nous nepourrions, a priori, pas réfuter. L’expérience première que nous faisons de nous-même nous incline bien à penser que nous sommes, en reprenant les termes de Descartes, une res cogitans– qui est une- contenue dans un corps – qui est un. Nous appréhendons le monde extérieur d’un point de vue unique, le nôtre, et de ce fait nous avons l’immédiate impression d’être un individu à part entière. Tandis quenotre perception du monde nous amène à classer ses différents constituants en catégories (chat, chaise, homme, femme, enfant, technologies, plantes etc.) et par là, à considérer ce qui nous entoure comme des objets classifiables (y compris des personnes : untel fait partie des gens gentils, généreux, untel fait partie des personnes colériques, spontanées etc.), nous avons l’intime impressiond’être plus qu’un simple objet, d’être quelque chose qui ne se réduit pas à une énumération de caractéristiques. De ce fait, nous nous sentons pleinement uniques, notre « soi- même » nous apparaît comme quelque chose de profond, singulier et presqu’insaisissable pour autrui. Dans cette perspective, peu importe la présence ou l’absence d’autrui puisque ce qui fait que je suis moi-même c’est simplement, etavant tout, que je suis. D’ailleurs, la méditation, la vie en ermite, recluse de tout contact social se présentent comme des solutions pour se retrouver avec soi-même, retrouver son intégrité… ce qui signifie en demi-teinte qu’autrui est un frein si l’on veut être soi-même. Ainsi la Princesse de Clèves dans le roman de Madame de La Fayette aspire-t-elle à retrouver du repos et son intégrité,c’est pourquoi elle fuit la cour et le duc de Nemours dont l’amour l’a dépossédée d’elle-même, l’a ravie. Toutefois, la relation à autrui, peut sembler nécessaire à l’intégrité psychologique d’un individu, et là encore les exemples dans la Littérature foisonnent : Alphonse de Lamartine déplore la mort de son amie Julie Charles dans son poème « Le Lac » dans Méditations Poétiques, Victor Hugo pleureégalement la mort de sa fille dans son œuvre … Aussi, la présence d’autrui paraît-elle, du moins certaines fois, nécessaire au bien-être de l’individu, à son intégrité, à son identité pleine dans le sens où la perte d’un être cher peut donner l’impression de s’être perdu soi-même…Ainsi, la présence d’autrui est-elle une condition nécessaire à la construction, à la pérennité de notre personnalité ?Dépendons-nous d’autrui au point que nous ne serions plus nous-même si nous étions seuls ? Etre soi-même, c’est être un, c’est à dire, d’après l’expérience du point de vue unique, sentir que l’on est une seule personne, une seule personnalité dans un corps. C’est également être unique, se sentir différents des autres ; de ce fait revendiquer son unicité ne peut se faire sans la présence d’autrui.La première condition qui permet d’affirmer que nous sommes nous-mêmes, c’est que nous avons conscience de nous-mêmes. Cette conscience émerge-t-elle spontanément ou se crée-t-elle progressivement par les interactions avec son environnement ? Enfin, même si nous nous voyons comme « un », comme la même personne en toutes circonstances, nous ne pouvons nier que nous agissons différemment selondifférentes situations. Cette modification du comportement, qui fait partie de nous-même, n’est-elle pas due à la présence d’autrui et de son regard qui nous oblige à nous corriger ?
Tout d’abord, le point de vue romantique sur l’unicité du moi n’est pas seulement appuyé par notre expérience immédiate. En effet, de l’Antiquité au catholicisme, l’avis général concorde avec ce sentiment...
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