Texte de nietzsche (extrait des considérations inactuelles) sur l’histoire et l’oubli.

Pages: 7 (1504 mots) Publié le: 17 mars 2013
Texte : « Dans le plus petit comme dans le plus grand bonheur, il y a quelque chose qui fait que le bonheur est un bonheur: la possibilité d’oublier, ou pour le dire en termes plus savants, la faculté de sentir les choses, aussi longtemps que dure le bonheur, en dehors de toute perspective historique. L’homme qui est incapable de s’asseoir au seuil de l’instant en oubliant tous les événements dupassé, celui qui ne peut pas, sans vertige et sans peur, se dresser un instant tout debout, comme une victoire, ne saura jamais ce qu’est un bonheur et, ce qui est pire, il ne fera jamais rien pour donner du bonheur aux autres. Imaginez l’exemple extrême: un homme qui serait incapable de ne rien oublier et qui serait condamné à ne voir partout qu’un devenir; celui-là ne croirait pas à sa propreexistence, il ne croirait plus en soi, il verrait tout se dissoudre en une infinité de points mouvants et finirait par se perdre dans ce torrent du devenir. Finalement, en vrai disciple d’Héraclite, il n’oserait même plus bouger un doigt. Tout action exige l’oubli, comme la vie des êtres organiques exige non seulement la lumière mais aussi l’obscurité. Un homme qui ne voudrait sentir les chosesqu’historiquement serait pareil à celui qu’on forcerait à s’abstenir de sommeil ou à l’animal qui ne devrait vivre que de ruminer et de ruminer sans fin. Donc, il est possible de vivre presque sans souvenir et de vivre heureux, comme le démontre l’animal, mais il est encore impossible de vivre sans oubli. Ou plus simplement encore, il y a un degré d’insomnie, de rumination, de sens, historique qui nuitau vivant et qui finit par le détruire, qu’il s’agisse d’un homme, d’une peuple ou d’une civilisation « .
Nietzsche Considérations inactuelles. 1874
Explication : La Seconde Considération Intempestive de Nietzsche, publiée en 1872, a pour sous-titre » de l’utilité et des inconvénients de l’histoire pour la vie » et pose la question de la valeur de la culture historique des sociétés modernes.Nietzsche se demande en effet si l’oubli n’est pas nécessaire au bonheur, à l’action, et si, l’homme ne peut être victime d’un excès de mémoire: » trop d’histoire tue l’homme » nous dit-il dans ce livre; cette thèse est discutable, il faut l’examiner. Dans cet extrait ici proposé, l’auteur ne dit pas qu’il ne faut pas étudier le passé, mais il cherche à montrer qu’un excès de mémoire nuit àl’être vivant: il y a pour tout homme (ou pour toute société, pour toute civilisation) un besoin d’histoire (pour se référer à la grandeur du passé, pour s’en inspirer, on peut trouver dans les traditions une certaine utilité … ect), mais il s’agit aussi de penser les limites de cette utilité et de trouver le juste rapport au passé: entre d’un côté un manque de mémoire (amnésie et refoulement de certainespériodes de l’histoire, survalorisation du présent ou du futur), et de l’autre une exacerbation de la mémoire, une vénération du passé (nostalgie trop forte) il doit y avoir un équilibre : » quant à savoir jusqu’à quel point la vie a besoin des services de l’histoire, c’est là une des questions les plus graves concernant la santé d’un peuple ou d’un individu car trop d’histoire fait dégénérer lavie » dit Nietzsche aussi dans le même ouvrage. La vie ici est prise au sens de puissance créatrice, de force vitale, de capacité d’action. On peut supposer alors qu’un excès d’histoire nous accable au lieu de nous stimuler : l’homme a besoin du passé mais pour le dépasser, pour le digérer, pour construire un présent dans sa nouveauté et se projeter vers l’avenir, non pour en rester dépendant.Nietzsche va alors chercher à dénoncer les sociétés modernes qui sont » rongées de fièvre historienne » car pour lui il existe une maladie historique qui provoque une saturation, un écoeurement puisque l’homme reste accroché au passé en le ruminant sans cesse. Nietzsche va donc utiliser dans ce texte un vocabulaire médical pour dénoncer une hypertrophie de la mémoire qui empêche la culture...
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