Tunis

Pages: 12 (2987 mots) Publié le: 8 mai 2013
Pour un comparatisme français ouvert à la francophonie et aux métissages culturels. Plaidoyer en forme de polémique.

Charles Bonn Université Lumière-Lyon 2

C’est un constat banal que de souligner le peu de place que tiennent les littératures francophones, et plus particulièrement celles du Tiers-Monde ou des Immigrations, dans l’enseignement universitaire français. Or on sait aussi que parle biais entre autres des « postcolonial studies », que précédaient les « gender studies », ces mêmes littératures francophones, perçues comme davantage en rapport avec l’actualité politique mondiale, sont souvent la voie d’accès essentielle, hors de France, à ce qu’il reste d’enseignement de littérature française. Et que c’est plus particulièrement à travers la thématique centrale dutransnational, des migrations ou des minorités que ces littératures francophones intéressent les lecteurs étrangers. Le comparatisme français quant à lui est le plus souvent limité à l’étude, comparative ou non, d’« aires linguistiques », qui sont de plus majoritairement européennes. « Quelle langue comparez-vous à quelle langue ? » est la question implicite ou explicite à partir de laquelle on « classe »les comparatistes pour établir des équilibres entre aires linguistiques au sein des sections de littérature comparée. Et ceci exclut bien sûr la francophonie, supposée monolingue et donc non comparatiste. Ces départements ou sections de littérature comparée ainsi définis apparaissent donc implicitement comme des annexes sous-appréciées des départements de langues étrangères, et au mieux comme desannexes tout aussi dépréciées des départements de littérature française. Une telle conception du comparatisme et des « aires linguistiques » suppose des identités closes et fixes, reposant sur une cohérence entre identité et langue, dont la littérature dans chaque langue considérée serait la garantie, l’affichage rassurant. Elle exclut les identités problématiques, migrantes, transnationales, etautres. Elle suppose une cohérence entre identité et territoire, même si parfois elle condescend à examiner des « diasporas », à

condition que celles-ci se réclament d’une même langue et d’une même origine perdue du fait d’aléas clairement localisables de l’histoire. Plus encore : sur le plan épistémologique, elle exclut l’apport des sciences humaines, tout en renvoyant aux sociologues etaux anthropologues l’étude des littératures émergentes dont notre modernité fourmille, et face auxquelles elle se trouve méthodologiquement comme idéologiquement démunie. Elle ignore de ce fait, dans un monde plus que jamais mouvant où elle est de plus en plus seule à considérer les identités comme immuables, la fonction productrice d’identité de toute littérature, c’est-à-dire un des aspectsessentiels selon moi de l’énonciation littéraire. Un des résultats les plus choquants d’une telle conception du comparatisme peut se lire dans la politique des programmes de cette autre exception française qu’est l’agrégation, dont on sait qu’elle est devenue bon an mal an le prisme de consécration de la respectabilité universitaire de la littérature. Le seul auteur francophone qui ait jamais figuréaux programmes d’agrégation est Léopold Sedar Senghor, en 1987, et de plus c’était en littérature française et non en littérature comparée. Et l’on sait aussi que Senghor, qui fut l’un des promoteurs en 1962, avec Habib Bourguiba, de ce concept de francophonie, en représente la version la plus officielle et la plus coupée du réel, dans sa généreuse et suspecte utopie, puisqu’il le définit comme «cet Humanisme intégral qui se tisse autour de la terre, cette symbiose des ‘énergies dormantes’ de tous les continents, de toutes les races, qui se réveillent à leur chaleur complémentaire » 1 ! Enfin, faut-il encore préciser que c’est précisément à l’agrégation, dont elle a fait son fief, que cette conception d’un comparatisme limité à la comparaison entre des textes d’ « aires linguistiques »...
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