Une dialectique sarrautienne

1470 mots 6 pages
Esquivant la catégorisation, L’Usage de la parole de Nathalie Sarraute combine le genre dramatique, le roman, le poème en prose et l’essai. Quoique hétéroclites, ces genres littéraires ainsi regroupés participent tous au même projet d’écriture : l’étude de la parole en situation. Ce faisant, cet ouvrage sarrautien a comme objectif de revivifier les qualités sémantiques de la langue, qui ont été aplaties et usées par la doxa, tout en dévoilant les « tropismes », les impressions qui accompagnent les propos en situation.
Dans son étude, Le Dit et le non-dit dans L’Usage de la parole de Nathalie Sarraute, Sarah Charieyras propose que l’originalité des dix petits textes que recueille cet ouvrage repose sur deux plans thématiques : le dit et le non-dit. Cette hypothèse entraîne plusieurs questions chez elle. Quelle est la source du non-dit ? Sarraute choisit-elle délibérément de ne pas tout dire ? Est-ce que le non-dit reflète le caractère indicible des tropismes, le moteur d’écriture sarrautien ?
L’opposition du dit et du non-dit a toujours été à la base du projet d’écriture sarrautien. Comme l’affirme Sarraute, les tropismes sont « des mouvements indéfinissables (…) qu’il est possible de définir »1. Si cette approche paradoxale marquait les débuts de la carrière de Sarraute, comment peut-elle rester originale en 1980, au sein de L’Usage de la parole, après la publication de la majeure partie de l’œuvre sarrautienne ? Le titre de l’ouvrage en question nous offre une réponse : c’est dans l’usage de la parole, c’est-à-dire sur la forme, plutôt que sur le fond, que s’attarde Sarraute et, par extension, Charieyras. Cela dit, l’étude de Charieyras examine les traces textuelles du dit et du non-dit dans le but de « prouver la présence des instances énonciatives du livre, tout d’abord, en en étudiant le nombre, l’identité et la nature ; évaluer la part négative du dit — le non-dit — en précisant les formes qu’elle revêt et ‘les figures’ qui y sont en proie ; enfin, préciser

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