VOLTAIRE Histoire des voyages de scarmentado Résumé

Pages: 10 (2747 mots) Publié le: 1 juin 2015
Histoire Des Voyages De Scarmentado
Voltaire
Oeuvre du domaine public.
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Histoire Des Voyages De Scarmentado
Je naquis dans la ville de Candie, en 1600. Mon père en était gouverneur ; et je me souviens qu’un poète médiocre, qui n’était pas médiocrement dur, nommé Iro, fit de mauvais vers à ma louange, dans lesquels il me faisait descendre de Minos en droiteligne ; mais mon père ayant été disgracié, il fit d’autres vers où je ne descendais plus que de Pasiphaé et de son amant. C’était un bien méchant homme que cet Iro, et le plus ennuyeux coquin qui fût dans l’île.
Mon père m’envoya, à l’âge de quinze ans, étudier à Rome. J’arrivai dans l’espérance d’apprendre toutes les vérités ; car jusque-là on m’avait enseigné tout le contraire, selon l’usage de ce basmonde, depuis la Chine jusqu’aux Alpes. Monsignor Profondo, à qui j’étais recommandé, était un homme singulier, et un des plus terribles savants qu’il y eût au monde. Il voulut m’apprendre les catégories d’Aristote, et fut sur le point de me mettre dans la catégorie de ses mignons : je l’échappai belle. Je vis des processions, des exorcismes, et quelques rapines. On disait, mais très faussement,que la signora Olimpia, personne d’une grande prudence, vendait beaucoup de choses qu’on ne doit point vendre. J’étais dans un âge où tout cela me paraissait fort plaisant. Une jeune dame de mœurs très douces, nommée la signora Fatelo, s’avisa de m’aimer. Elle était courtisée par le révérend P. Poignardini, et par le révérend P. Aconiti, jeunes profès d’un ordre qui ne subsiste plus : elle les mitd’accord en me donnant ses bonnes grâces ; mais en même temps je courus risque d’être excommunié et empoisonné. Je partis, très content de l’architecture de Saint-Pierre.
Je voyageai en France ; c’était le temps du règne de Louis-le-Juste. La première chose qu’on me demanda, ce fut, Si je voulais à mon déjeuner un petit morceau du maréchal d’Ancre, dont le peuple avait fait rôtir la chair, etqu’on distribuait à fort bon compte à ceux qui en voulaient.
Cet état était continuellement en proie aux guerres civiles, quelquefois pour une place au conseil, quelquefois pour deux pages de controverse. Il y avait plus de soixante ans que ce feu, tantôt couvert et tantôt soufflé avec violence, désolait ces beaux climats. C’étaient là les libertés de l’Église gallicane. Hélas ! dis-je, ce peuple estpourtant né doux : qui peut l’avoir tiré ainsi de son caractère ? Il plaisante, et il fait des Saint-Barthélemi. Heureux le temps où il ne fera que plaisanter !
Je passai en Angleterre : les mêmes querelles y excitaient les mêmes fureurs. De saints catholiques avaient résolu, pour le bien de l’Église, de faire sauter en l’air, avec de la poudre, le roi, la famille royale, et tout le parlement, etde délivrer l’Angleterre de ces hérétiques. On me montra la place où la bienheureuse reine Marie, fille de Henri VIII, avait fait brûler plus de cinq cents de ses sujets. Un prêtre ibernois m’assura que c’était une très bonne action : premièrement parce que ceux qu’on avait brûlés étaient Anglais ; en second lieu parce qu’ils ne prenaient jamais d’eau bénite, et qu’ils ne croyaient pas au trou desaint Patrice.Il s’étonnait surtout que la reine Marie ne fût pas encore canonisée ; mais il espérait qu’elle le serait bientôt, quand le cardinal neveu aurait un peu de loisir.
J’allai en Hollande, où j’espérais trouver plus de tranquillité chez des peuples plus flegmatiques. On coupait la tête à un vieillard vénérable lorsque j’arrivai à La Haye. C’était la tête chauve du premier ministreBarneveldt, l’homme qui avait le mieux mérité de la république. Touché de pitié, je demandai quel était son crime, et s’il avait trahi l’état. Il a fait bien pis, me répondit un prédicant à manteau noir ; c’est un homme qui croit que l’on peut se, sauver par les bonnes œuvres aussi bien que par la foi. Vous sentez bien que, si de telles opinions s’établissaient, une république ne pourrait subsister,...
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