Voltaire - le souper

Pages: 10 (2393 mots) Publié le: 4 janvier 2011
VOLTAIRE, ZADIG
LE SOUPER
L'amour platonique, mais partagé que Zadig - devenu premier ministre du roi de Babylone, Moabdar - éprouve pour la reine Astarté suscite la jalousie du roi. Zadig s'enfuit en Egypte à travers le désert, puis devient l'esclave du marchand Sétoc, qui admire sa sagesse, fait de lui son ami et l'emmène à la grande foire de Bassorah.
C'est l'occasion pour Voltaire demettre en scène, au cours d'un banquet, des convives appartenant à des races et à des religions différentes qui se querellent sur la valeur de leurs croyances religieuses respectives et sur l'ancienneté de leur civilisation.
Sétoc, qui ne pouvait se séparer de cet homme en qui habitait la sagesse, le mena à la grande foire de Balzora, où devaient se rendre les plus grands négociants de la terrehabitable. Ce fut pour Zadig une consolation sensible de voir tant d'hommes de diverses contrées réunis dans la même place. Il lui paraissait que l'univers était une grande famille qui se rassemblait à Balzora. Il se trouva à table, dès le second jour, avec un Égyptien, un Indien gangaride, un habitant du Cathay, un Grec, un Celte, et plusieurs autres étrangers qui, dans leurs fréquents voyages vers legolfe Arabique, avaient appris assez d'arabe pour se faire entendre. L'Égyptien paraissait fort en colère. "Quel abominable pays que Balzora! disait-il; on m'y refuse mille onces d'or sur le meilleur effet du monde. - Comment donc, dit Sétoc; sur quel effet vous a-t-on refusé cette somme? - Sur le corps de ma tante, répondit l'Égyptien; c'était la plus brave femme d'Égypte. Elle m'accompagnaittoujours; elle est morte en chemin: j'en ai fait une des plus belles momies que nous ayons et je trouverais dans mon pays tout ce que je voudrais en la mettant en gage. Il est bien étrange qu'on ne veuille pas seulement me donner ici mille onces d'or sur un effet si solide." Tout en se courrouçant, il était près de manger d'une excellente poule bouillie, quand l'Indien, le prenant par la main,s'écria avec douleur: "Ah! Qu’allez-vous faire? - Manger de cette poule, dit l'homme à la momie. - Gardez-vous-en bien, dit le Gangaride, il se pourrait faire que l'âme de la défunte fût passée dans le corps de cette poule, et vous ne voudriez pas vous exposer à manger votre tante. Faire cuire des poules, c'est outrager manifestement la nature. - Que voulez-vous dire avec votre nature et vos poules?reprit le colérique Egyptien; nous adorons un bœuf, et nous en mangeons bien. - Vous adorez un bœuf! est-il possible? dit l'homme du Gange. - Il n'y a rien de si possible, repartit l'autre; il y a cent trente-cinq mille ans que nous en usons ainsi, et personne parmi nous n'y trouve à redire. - Ah! cent trente-cinq mille ans! dit l'Indien, ce compte est un peu exagéré; il n'y en a que quatre-vingtmille que l'Inde est peuplée, et assurément nous sommes vos anciens, et Brama nous avait défendu de manger des bœufs avant que vous vous fussiez avisés de les mettre sur les autels et à la broche. - Voilà un plaisant animal que votre Brama, pour le comparer à Apis! dit l'Égyptien; qu'a donc fait votre Brama de si beau?" Le bramin répondit: "C'est lui qui a appris aux hommes à lire et à écrire, et àqui toute la terre doit le feu des échecs. - Vous vous trompez, dit un Chaldéen qui était auprès de lui; c'est le poisson Oannès à qui on doit de si grands bienfaits, et il est juste de ne rendre qu'à lui ses hommages. Tout le monde vous dira que c'était un être divin, qu'il avait la queue dorée, avec une belle tête d'homme, et qu'il sortait de l'eau pour venir prêcher à terre trois heures parjour. Il eut plusieurs enfants qui furent rois, comme chacun sait. J'ai son portrait chez moi, que je révère comme je le dois. On peut manger du bœuf tant qu'on veut; mais c'est assurément une très grande impiété de faire cuire du poisson; d'ailleurs vous êtes tous deux d'une origine trop peu noble et trop récente pour me rien disputer. La nation égyptienne ne compte que cent trente-cinq mille ans,...
Lire le document complet

Veuillez vous inscrire pour avoir accès au document.

Vous pouvez également trouver ces documents utiles

  • Le souper de voltaire
  • Voltaire le souper chapitre 12 zadig
  • Zadig de voltaire : chapitre 12 le souper
  • Zadig, de voltaire chapitre xii le souper (1er partie)
  • Le souper
  • Soup
  • Campbell's soup
  • Warhol soup

Devenez membre d'Etudier

Inscrivez-vous
c'est gratuit !