zimeo

Pages: 28 (6932 mots) Publié le: 8 janvier 2014
ZIMÉO PAR GEORGE FILMER, né primitif.

LES affaires de mon commerce m'avoient conduit à la Jamaïque ; la température de ce climat brûlant & humide avoit altéré ma santé, & je m'étois retiré dans une maison située au penchant des montagnes, vers le centre de l'isle ; l'air y étoit plus frais & le terrain plus sec qu'aux environs de la ville ; plusieurs ruisseaux serpentoient autour de lamontagne qui étoit revêtue de la plus belle verdure ; ces ruisseaux alloient se rendre à la mer, après avoir parcouru des prairies émaillées de fleurs & des plaines immenses couvertes d'orangers, de cannes à sucre, de cassiers, & d'une multitude d'habitations.

La jolie maison que j'occupois appartenoit à mon ami Paul Wilmouth de Philadelphie ; il étoit, comme moi, né dans l'Eglise primitive : nousavions à-peu-près la même manière de penser ; sa famille composée d'une femme vertueuse & de trois jeunes enfants, ajoutoit encore au plaisir que j'avois de vivre avec lui.

Lorsque mes forces me permirent quelque exercice, je parcourois les campagnes, où je voyois une nature nouvelle & des beautés qu'on ignore en Angleterre & en Pensilvanie ; j'allois visiter les habitations, j'étois charmé deleur opulence ; les hôtes m'en faisoient les honneurs avec empressement ; mais je remarquois je ne sçais quoi de dur & de féroce dans leur physionomie & dans leurs discours ; leur politesse n'avoit rien de la bonté ; je les voyois entourés d'esclaves qu'ils traitoient avec barbarie. Je m'informois de la manière dont ces esclaves étoient nourris, du travail qui leur étoit imposé, & je frémissois desexcès de cruauté que l'avarice peut inspirer aux hommes.

Je revenois chez mon ami, l'ame abattue de tristesse, mais j'y reprenois bientôt la joie ; là sur les visages noirs, sur les visages blancs, je voyois le calme & la sérénité.

Wilmouth n'exigeoit de ses esclaves qu'un travail modéré ; ils travailloient pour leur compte deux jours de chaque semaine ; on abandonnoit à chacun d'eux unterrain qu'il cultivoit à son gré, & dont il pouvoit vendre les productions. Un esclave qui pendant dix années se conduisoit en homme de bien, étoit sûr de sa liberté. Ces affranchis restoient attachés à mon ami ; leur exemple donnoit de l'espérance aux autres & leur inspiroit des moeurs.

Je voyois les nègres distribués en petites familles, où régnoient la concorde & la gaieté ; ces famillesétoient unies entre elles ; tous les soirs en rentrant à l'habitation, j'entendois des chants, des instruments, je voyois des danses ; il y avoit rarement des maladies parmi ces esclaves, peu de paresse, point de vol, ni suïcide, ni complots, & aucun de ces crimes que fait commettre le désespoir, & qui ruinent quelquefois nos colonies.

Il y a trois mois que j'étois à la Jamaïque, lorsqu'un nègre duBenin, connu sous le nom de John, fit révolter les nègres de deux riches habitations, en massacra les maîtres & se retira dans la montagne. Vous sçavez que cette montagne est au centre de l'isle, qu'elle est presque inaccessible, & qu'elle environne des vallées fécondes, où des nègres révoltés se sont autrefois établis ; on les appelle negres-marons : depuis long-tems ils ne nous font plus laguerre, seulement lorsqu'il déserte quelques esclaves : ces nègres font des courses pour venger les déserteurs des mauvais traitements qu'ils ont reçus. On apprit bientôt que John avoit été choisi pour chef des nègres marons, & qu'il étoit sorti des vallées avec un corps considérable ; l'allarme fut aussi tôt répandue dans la colonie ; on fit avancer des troupes vers la montagne, & on distribua dessoldats dans les habitations qu'on pouvoit défendre.

Wilmouth entra un jour dans ma chambre un moment avant le lever du soleil. Le ciel, dit-il, punit l'homme injuste, & voici peut-être le jour où l'innocent sera vengé ; les nègres-marons ont surpris nos postes, ils ont taillé en pièces les troupes qui les défendoient, ils sont déjà dispersés dans la plaine ; on attend des secours de la ville ;...
Lire le document complet

Veuillez vous inscrire pour avoir accès au document.

Vous pouvez également trouver ces documents utiles

  • Zimeo
  • Ziméo
  • Zimeo
  • Ziméo
  • Ziméo
  • Ziméo
  • Zimeo
  • Ziméo

Devenez membre d'Etudier

Inscrivez-vous
c'est gratuit !