a quoi bon travailler

Pages: 24 (5997 mots) Publié le: 4 janvier 2015
IV. Créer vaut mieux que travailler pour un salaire.

1 – La conception moderne du travail face à la distinction prémoderne entre les travaux des basses castes et des tâches nobles.

L’antiquité et le moyen âge ont associé telles castes à telles tâches. La caste ecclésiale avait une tâche de mémoire et de connaissance qui était la plus respectée étant donné qu’elle reliait les activitésterrestres et célestes. La caste aristocratique avait prioritairement une tâche guerrière et judiciaire essentielle au respect de l’ordre terrestre. Les marchands, les artisans, les paysans avaient une tâche économique subalterne. Enfin les serviteurs, les serfs, les esclaves étaient ceux qui travaillaient.
Ce que nous considérons comme caractéristique du travail faisant appel à des compétencessurtout physiques était donc la tâche des basses castes.
Dans la cité grecque antique, les tâches les plus nobles étaient des loisirs (scholè en grec qui est à l’origine du mot école ou plus nettement scolaire…) tandis que les tâches subalternes étaient un travail.
Dans la Bible elle-même on retrouve une telle approche : d’une part l’homme est invité par Dieu à dominer la nature et d’autre part ilest condamné à gagner sa vie à la sueur de son front.

Hannah Arendt clarifie ainsi la distinction entre activité noble et travail jusqu’au cœur de nos sociétés modernes :

« Plus proche, également décisif peut-être, voici un autre événement non moins menaçant. C’est l’avènement de l’automation qui, en quelques décennies, probablement videra les usines et libérera l’humanité de son fardeau leplus ancien et le plus naturel, le fardeau du travail, l’asservissement à la nécessité. Là, encore, c’est un aspect fondamental de la condition humaine qui est en jeu, mais la révolte, le désir d’être délivré des peines du labeur ne sont pas modernes, ils sont aussi vieux que l’histoire. Le fait même d’être affranchi du travail n’est pas nouveau non plus ; il comptait jadis parmi les privilègesles plus solidement établis de la minorité. A cet égard, il semblerait simplement qu’on s’est servi du progrès scientifique et technique pour accomplir ce dont toutes les époques avaient rêvé sans pouvoir y parvenir »

Explication :
Nous défendions précédemment le fait de nous libérer du fait de gagner notre vie. Arendt dans les années 1960 a déjà cette même conviction. Elle rattache d’ailleurscette conviction à la conception antique du travail. La conception prémoderne du travail avait été un facteur non négligeable dans le développement de l’esclavage. Mais hormis cette conséquence très funeste pour notre point de vue moderne qui affirme l’égale dignité de tous les êtres humains, il convient de constater que libérés du travail ingrat, demeure des tâches digne de l’être humain.Hannah Arendt à partir de là décrit l’impasse vers laquelle nous sommes en train de nous diriger :

« L’époque moderne s’accompagne de la glorification théorique du travail et elle arrive en fait à transformer la société tout entière en une société de travailleurs. Le souhait se réalise donc, comme dans les contes de fées, au moment où il ne peut que mystifier. C’est une société de travailleurs quel’on va délivrer des chaînes du travail, et cette société ne sait plus rien des activités plus hautes et plus enrichissantes pour lesquelles il vaudrait la peine de gagner cette liberté. Dans cette société qui est égalitaire, car c’est ainsi que le travail fait vivre ensemble les hommes, il ne reste plus de classe, plus d’aristocratie politique ou spirituelle, qui puisse provoquer une restaurationdes autres facultés de l’homme. Même les présidents, les rois, les premiers ministres voient dans leurs fonctions des emplois nécessaires à la vie de la société, et, parmi les intellectuels, il ne reste plus que quelques solitaires pour considérer ce qu’ils font comme des œuvres et non comme des moyens de gagner leur vie. Ce que nous avons devant nous, c’est la perspective d’une société de...
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