D'une préface à l'autre

4511 mots 19 pages
Hernani/Ruy Blas, d’une préface l’autre
Il y a chez Hugo un art de la préface, que celle-ci s’étende sur des dizaines de pages, comme la plus connue d’entre elles, la préface de Cromwell, ou qu’elle se réduise à quelques lignes, comme la préface des Misérables ou celle des Travailleurs de la mer ; et même, dans certains cas, assez rares, comme dans Quatrevingt-Treize, l’absence de préface est elle-même hautement significative. La préface est conçue par Hugo comme une tribune, le lieu où l’auteur en majesté tient un discours de vérité, où poétique et politique, la plupart du temps associées, se conjuguent. C’est particulièrement visible dans les préfaces des pièces des années 1830. Les préfaces de ce genre sont toutes militantes, polémiques, combatives ; un dialogue, si l’on peut dire, est engagé par Hugo pour défendre ses pièces et pour imposer sa conception du théâtre. En ces occasions la dimension littéralement politique des œuvres est mise au jour, dans la mesure où c’est du rapport entre le théâtre et la cité qu’il s’agit. Cette conception anime les deux préfaces d’Hernani et de Ruy Blas, la première revendiquant, au nom du romantisme, un art dramatique qui mette en œuvre le principe de la liberté, la seconde promouvant la figure du peuple comme sujet problématique de l’histoire. Dans cette optique, il est clair que se dessine, de la pièce de 1829-1830 à celle de 1838, une trajectoire historique, politique et idéologique. Il ne s’agit pas de la trajectoire personnelle de Hugo le conduisant d’une position libérale timide à l’acceptation du régime de Louis-Philippe, mais d’une mutation dont l’objet est la représentation du peuple et son accession problématique et critique au statut d’agent de l’histoire. Dans ces conditions, notre propos n’est pas de dégager une poétique hugolienne de la préface théâtrale à la faveur d’une analyse comparée des deux préfaces d’Hernani et de Ruy Blas, ce qui, à nos yeux ne présente à peu près aucun intérêt ; nous avons plutôt en

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