L'assommoir, la déchéance de gervaise

Pages: 6 (1430 mots) Publié le: 5 mars 2010
L’assommoir de Zola
La déchéance de Gervaise
Texte : Et Gervaise tint parole. Elle s'avachit encore ; elle manquait l'atelier plus souvent, jacassait des journées entières, devenait molle comme une chiffe à la besogne. Quand une chose lui tombait des mains, ça pouvait bien rester par terre, ce n'était pas elle qui se serait baissée pour la ramasser. Les côtes lui poussaient en long. Ellevoulait sauver son lard. Elle en prenait à son aise et ne donnait plus un coup de balai que lorsque les ordures manquaient de la faire tomber. Les Lorilleux, maintenant, affectaient de se boucher le nez, en passant devant sa chambre ; une vraie poison, disaient-ils. Eux, vivaient en sournois, au fond du corridor, se garant de toutes ces misères qui piaulaient dans ce coin de la maison, s'enfermantpour ne pas avoir à prêter des pièces de vingt sous. Oh ! des bons coeurs, des voisins joliment obligeants ! oui, c'était le chat ! On n'avait qu'à frapper et à demander du feu, ou une pincée de sel, ou une carafe d'eau, on était sûr de recevoir tout de suite la porte sur le nez. Avec ça, des langues de vipère. Ils criaient qu’ils ne s'occupaient jamais des autres, quand il était question desecourir leur prochain ; mais ils s'en occupaient du matin au soir, dès qu'il s'agissait de mordre le monde à belles dents. Le verrou poussé, une couverture accrochée pour boucher les fentes et le trou de la serrure, ils se régalaient de potins, sans quitter leurs fils d'or une seconde. La dégringolade de la Banban surtout les faisait ronronner la journée entière, comme des matous qu'on caresse.Quelle dèche, quel décatissage, mes amis ! Ils la guettaient aller aux provisions et rigolaient du tout petit morceau de pain qu'elle rapportait sous son tablier. Ils calculaient les jours où elle dansait devant le buffet. Ils savaient, chez elle, l'épaisseur de la poussière, le nombre d'assiettes sales laissées en plan, chacun des abandons croissants de la misère et de la paresse. Et ses toilettesdonc, des guenilles dégoûtantes qu'une chiffonnière n'aurait pas ramassées ! Dieu de Dieu ! il pleuvait drôlement sur sa mercerie, à cette belle blonde, cette cato qui tortillait tant son derrière, autrefois, dans sa belle boutique bleue. Voilà où menaient l'amour de la fripe, les lichades et les gueuletons. Gervaise, qui se doutait de la façon dont ils l'arrangeaient, ôtait ses souliers, collait sonoreille contre leur porte ; mais la couverture l'empêchait d'entendre. Elle les surprit seulement un jour en train de l'appeler "la grand-tétasse", parce que sans doute son devant de gilet était un peu fort, malgré la mauvaise nourriture qui lui vidait la peau. D'ailleurs, elle les avait quelque part ; elle continuait à leur parler, pour éviter les commentaires, n'attendant de ces salauds que desavanies, mais n'ayant même plus la force de leur répondre, et de les lâcher là comme un paquet de sottises. Et puis, zut ! elle demandait son plaisir, rester en tas, tourner ses pouces, bouger quand il s'agissait de prendre du bon temps, pas davantage.

Éléments d’introduction et contexte :
Zola :
C’est un naturaliste : il prône la peinture des êtres et de la société avec lesméthodes utilisées dans les sciences naturelles : observation sur le terrain, exactitude, refus de l’interprétation hâtive non fondée. Rejetant totalement les principes romantiques, le romancier vérifie ainsi expérimentalement dans ses romans le rôle des déterminismes sociaux et biologiques sur l’individu et le groupe. C’est ce mouvement qu’il applique dans sa série des « Rougon-Macquart »L’assommoir :
7ème volume des « Rougon-Macquart » mais le premier qui ait « l’odeur du peuple » pour Zola
A travers le destin de Gervaise Macquart, qui a suivi son amant le chapelier Auguste Lantier à Paris avec ses deux enfants Claude et Étienne avant d’épouser un ouvrier zingueur, Coupeau, l’écrivain restitue la langue et les mœurs des ouvriers, tout en montrant les ravages...
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