L'esthétique de la violence chez littel

Pages: 9 (2073 mots) Publié le: 6 janvier 2011
L'expression et le concept de la banalité du mal, largement repris depuis, nous a été proposé par Hanna Arendt en 1963 dans Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal. En s'appuyant sur le procès d'Adolf Eichmann, un criminel nazi, elle émet le fait que, nul besoin de haine pour expliquer le pire, la soumission à l'autorité suffit pour transformer un homme ordinaire en bourreau. Tout lemonde serait donc capable un jour, dans un contexte donné, de devenir un Moi cruel. C'est cette idée que nous retrouvons dans Les Bienveillantes de Jonathan Littell. Effectivement, ce livre donne la parole à un criminel, Max Aue, officier SS, qui se dépeint, qui raconte les pires atrocités, sa participation aux massacres nazis sans remords ni regrets. Pourquoi faire le bien? Pourquoi faire lemal? Comment les hommes ordinaires peuvent-ils devenir des bourreaux? Le concept d'Hanna Arendt, qui, en aucun cas, ne disculpe pas les auteurs de crimes, pose des interrogations essentielles sur la nature humaine : nous allons donc nous intéresser à la question du mal dans ce roman.
En s'interdisant de penser, de se poser des questions, de juger le bien et le mal, le nazi se contente d'obéir, etc'est cette obéissance qui banalise l'horreur. Aue, à travers son témoignage, veut se blanchir, se mettre hors de cause. A la vue de la jeune fille mourante, page 126, son sentiment de devoir et humain se confrontent : « (...)ce regard se planta en moi, j'étais une vulgaire poupée et ne ressentais rien, et en même temps je voulais de tout mon cœur me pencher et lui essuyer la terre et la sueur surson front, lui caresser la joue et lui dire que ça allait, que tout irait pour le mieux, mais à la place je lui tirai convulsivement une balle dans la tête(...) ». Le regard de la jeune fille qu'il croise est essentiel : il provoque en lui une certaine sensibilité qui le destabilise. C’est connu : plus le bourreau se sent étranger à la victime, plus il l'élimine aisément. Tout devient possible dèslors qu'un groupe, ici les Juifs, n'est plus inclus dans l'humanité commune. C'est son devoir de tuer qui a le dessus sur lui, il se refuse de penser, il lutte contre son humanisme naturel. Souvenons-nous également de la scène du bras convulsif de la même page 126. Le narrateur se défait de son bras qui tire, tue tout seul, il se décrit comme victime, ne pouvant rien y faire, comme emporté parcette « rage immense, démesurée » provoquée par « la pensée de ce gâchis humain insensé ».La conscience qu'il a en face de lui un être humain, et non un sous-homme, comme lui souffle l'idéologie nazie, réveille en lui cet acharnement, ce sadisme mêlé d'incompréhension. Le fait de porter un uniforme, de représenter l'autorité et de se voir confier un rôle inhabituel, celui de tuer, le fortifiecertainement dans son action. Aue est conscient de vivre une situation exceptionnelle -la guerre- et donc il accepte qu'il lui faut agir selon des normes inhabituelles. Il est certes un homme ordinaire à l'origine, mais vivant dans un contexte spécial. En temps de guerre, le droit de ne pas tuer est exproprié. Dans ce style de régime totalitaire, le fait de penser (la seule condition selon Hanna Arendtpour ne pas sombrer dans cette banalité du mal) est rendu difficile par l'idéologie, la propagande et la répression. Ceux qui ont fait ces activités monstrueuses ne seraient donc pas si différents de nous. Ils sont dans l'obligation d'accomplir un devoir, soumis à une autorité qui les empêche de distinguer le bien et le mal, ils suivent alors les consignes et cessent de penser. C'est une attitudeimpardonnable, ils restent coupables mais cela démontre que l'inhumain se cache en chacun de nous. Peut-être est-ce là une attitude de protection qu'ils adoptent naturellement. En se voilant la face, ils arrivent à mieux vivre avec leurs crimes. Prenons l'exemple de la scène du boudin noir, page 123-124, où la nécessité de dissocier le monde inauthentique de l'exécution et le monde authentique...
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