L'identité et son double chez calderon

Pages: 13 (3035 mots) Publié le: 13 avril 2011
Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les Dieux  disait jadis une inscription placée sur le fronton du temple de Delphes. Sans repères autres que soi-même, sans contact sérieux avec la civilisation, impossible de se connaître profondément. « Nous vivons dans une illusion »[1], c'est la conclusion à laquelle arrivera Sigismond après la connaissance de ses racines. La vie est unsonge, pièce de théâtre la plus réputée de l'oeuvre de Pedro Calderon de la Barca, expose la vie en tant qu'illusion. Par la démonstration de pairs, de doubles et de structures formelles symétriques, cette oeuvre célèbre écrite pendant le Siècle d'Or espagnol propose une interprétation métaphysique du monde. À partir de cette dualité que nous remarquons d'abord au niveau des personnages, nousretracerons graduellement de semblables répercussions au fil du texte jusqu'à l'exposition d'une facette propre au Théâtre du Monde.

D'abord, il est intéressant de regarder, comment le personnage de Rosaura, la première à se présenter sur scène, confirme cette dualité fondamentale de l'oeuvre qui fait de la pièce un répétitif va-et-vient entre réalité et tromperie. Manifestement, Rosaura incarne l'idéedu double en présentant la coexistence de deux genres ; l'un véritable est dissimulé, l'autre trompeur est apparence. Elle présente une identité masquée ; sa féminité volontairement travestie, elle personnifie en quelque sorte la coexistence du véridique et du leurre. La question est nécessairement tourmentante : la vie est-elle une illusion en tout et pour tout qui constamment nous sépare de lareconnaissance d'une vérité voilée ?

L'habit d'homme que Rosaura revêt confond Sigismond dès les premières pages de l'oeuvre. C'est cette fausse apparence qui permet à ce dernier de s'identifier profondément à Rosaure : « Ta voix m'attendrit, ta présence me surprend, ta voix m'impose et me trouble.» [2] Ces deux derniers personnages, de par leur réalité masculine, s'exposent comme des êtresessentiellement semblables. Rosaura présente une apparence faussaire à Sigismond que bien que leur destin et leur condition soient similaires (ignorance des origines, liberté brimée). Le parallèle entre les personnages de Sigismond et Rosaura est évident, quasiment symétrique. D'ailleurs, en ouverture de la pièce, ils entament un dialogue où leur plainte respective trouve un écho dans celle del'autre ; la promiscuité des discours est manifeste. Rosaura et Sigismond déplorent tout deux la cruauté du destin. Rosaura regrette que son malheur soit conséquent des «lois du destin » qui l'amènent malgré elle « aveugle et désepérée »[3] en Pologne, et Sigismond de répondre à cette plainte : « Malheur à moi! Ah ! Misérable! Je veux apprendre, cieux, pourquoi vous me traitez ainsi. »[4] Ils sontessentiellement semblables, coupés de la connaissance de leur identité véritable, aussi ils plaignent un sort indésirable qui brime leur liberté et conserve le voile sur la vérité. L'un est le reflet de l'autre. Sigismond se perçoit lui-même comme un homme soumis à une qualité de vie désavantageuse par rapport à celle de la bête : « Quelle loi, quelle justice, quelle raison peut dénier à un homme sesuave privilège, cette grâce cardinale, cette liberté que Dieu donne à l'onde, au poisson, au fauve, à l'oiseau?»[5] Destiné à la servitude, la part d'humanité en lui est étouffée par une condamnation de captivité. Il s'avère dépourvu «  de ce suave privilège, cette grâce cardinale, cette liberté que Dieu donne à l'onde, au poisson, au fauve, à l'oiseau [...] »[6] De plus, il se voit empêché dejouir des qualités d'affection, de dignité et d'honneur humaine. S'affirmant ni homme, ni bête, il dit : « Nomme-moi monstre humain, dans ton épouvante ; je suis un homme parmi les fauves, je suis un fauve parmi les hommes. »[7] Sigismond est ainsi écarté de la généralité, autant de celle de l'homme que de la bête. Ce flou identitaire le rapproche de Rosaura qui ne connaît pas non plus ses liens...
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