L'imolation

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«L’immolation, c’est se sauver de l’incendie social»
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le 18.01.11 | 03h00 2 réactions
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Nacéra Sadou est psychologue clinicienne et consultante à la Société algérienne de recherche psychologique (SARP). Suite aux dernières immolations qui ont eu lieu dans différentes localités du pays, elle donne son analyse de la situation.
-Des jeunes ont tenté de s’immoler par le feu, ces trois derniers jours. Que peut-on penser de cette méthode de suicide ?
On peut noter que lors des émeutes de ce mois de janvier, il y a eu beaucoup d’incendies qui ont touché des biens matériels. On a remarqué beaucoup d’actes de destruction par le feu. L’immolation est une autodestruction par le feu et on ne peut isoler cet acte, puisqu’il appartient à la singularité du sujet qui le produit et à la place publique qui fait figure de «scène de spectacle». Ces jeunes hommes (puisqu’en l’occurrence il s’agit d’hommes, ces derniers temps) sont pris dans un «donner à voir» de la destruction de leur corps comme objet déchet. Il y a mésestime violente d’eux-mêmes et ils se voient comme une chose détestable et crue. La peau représente l’enveloppe humaine, c’est elle qui est directement en contact avec le monde extérieur et c’est cette enveloppe, entre le dedans et le dehors, qui est attaquée, détruite.
-Quel message doit-on lire dans ces gestes ?
D’une certaine façon, c’est se réapproprier le droit d’apparaître, une façon d’exister, de dire «je suis là». Dans la destruction du lien entre le dedans et le dehors, la peau est vécue comme seul moyen de s’exprimer puisque l’accès à la parole est impossible. Dans un acte de désespoir total, l’irréversible se produit. Il s’agit de se sauver dans l’incendie pour se protéger d’un incendie social devenu intolérable. Socialement parlant, on entend souvent que c’est l’enfer –«djahanama» – au marché, par exemple. Il y a même des blagues qui représentent la vie

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