Rigodon

par

Le roman qui clôt la trilogie : le récit de voyage

Ce roman est donc celui d'un récit de voyage de Céline, qui a dû fuir la France suite à la capitulation allemande (armistice le 8 mai 1945) à la fin de la seconde guerre mondiale. Son récit est celui d'un long périple en train, mais comme on peut s'en douter, le chemin n'est pas si simple et l'auteur, et ses compagnons de route devront effectuer de nombreux détours, prendre des itinéraires divers afin de rejoindre leur point d'arrivée.

Il est accompagné de sa compagne, Lucette Destouches, Robert Vigan (ami et acteur), et leur chat Bébert : '' D'abord il n'y a personne sauf nous… nous nous ne comptons pas… dans cette avenue jusqu'au beffroi, rien… pas un chat… ah, si !… Bébert !… Lili l'a sorti de son sac… il a déjà fait sa toilette… ses oreilles, ses pattes une à une, soigneusement… Bébert est pas le greffe souillon, puisqu'il a un moment dehors, à l'air, au jour, il profite… c'est pas l'Hilda, casquette framboise, sa gueule, ses cris, qui va le déranger !… Bébert sa toilette finie, replie ses pattes, se remet sa queue bien, en place, en boucle, et regarde loin, au loin… il ne nous regarde pas… digne, je dirais… la chef de gare, elle, est pas digne… elle s'en fout… elle en veut trop à son Siegfried !… je dis « son », j'en sais rien… toujours, ils se tutoient… ratatiné sur ce banc, ce qu'il veut lui : pas remuer ! ''

Céline, qui écrit ce roman comme si c'était un journal de voyage en direct (même si en réalité ce roman sera écrit à Meudon peu de temps avant de mourir par la mémoire) retranscrit les conditions du voyage qui sont loin d'être idéales. Leur trajet va prendre des airs d'aventure suite à une série d'événements inattendus : Céline et ses compagnons de fortune vont se perdre, se trouver déroutés, de ville en ville. En quittant Berlin pour Copenhague, ils vont se retrouver dans une ville du sud de l'Allemagne Sigmaringen. Ils vont même croiser le maréchal Pétain qui fuyait lui aussi la France et la justice ad hoc. Ils vont aussi rencontrer un médecin, accompagnant un groupe de malades lépreux vers un dispensaire, Félipe un homme italien cherchant son patron et obsédé par son usine de briques.

Céline révèle donc que les conditions sont infernales, et ils auront bien des difficultés à rejoindre le Danemark, subissant les problèmes techniques des trains, (chemins de fer détruits par les bombardements), ils vont devoir marcher le long des voies, dans le froid, sous la pluie, des journées et des nuits durant, et l'auteur va même se faire assommer à Hanovre par une brique qui lui tombera sur la tête suite à un bombardement. Ce moment, drôle et cocasse, plus de peur que de mal se révèle être le symbole du lieu de la folie, du désespoir, de la mémoire, qui se trouve attaqué directement, c'est la tête qui est menacée ici au sens propre, car au figuré, il écrit '' Lucette seule a été touchée", comme s'il ne lui était rien arrivé à lui, mais il admet plus loin que cela sera une sorte de choc pour lui : " Avant que cette brique m'atteigne, m'ébranle, je n'avais pas de soucis, je me laissais bourdonner, tranquille, fuser sans ordre ni façon, tromboner n'importe comment, je me cherchais pas de musique '', bien que cette douleur semble plus interne et psychologique que physique.

Globalement le petit groupe est toujours sur le départ, pressé par le danger, va d'un point à un autre dans l'urgence sans trouver son chemin initial et tourne parfois en rond, se perdant régulièrement et subissant les nombreux problèmes de structures de transports, mais aussi les rencontres plus ou moins heureuses, comme celle d'une femme confiant à Céline le soin de mener à bon port un groupe d'enfants handicapés suite aux atrocités de la guerre…

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