Accident du travail

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  • Publié le : 29 mars 2011
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Suicide et travail
Axel Hoffman, médecin généraliste à la maison médicale Norman Bethune
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Dans l’article précédent, nous avons examiné les réactions face à un suicide au travail. Avec C. Dejours et F. Bègue, dont nous tirons l’essentiel de la présente réflexion, voyons maintenant comment le management néolibéral déstructure le mondedu travail et s’attaque à ce qui constitue l’identité du travailleur, pouvant le mener ainsi à commettre l’irréparable.
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Les difficultés personnelles ou les injustices et les violences au travail ont toujours existé. Pourtant, dans le passé, il ne semble pas que ces situations menaient aussi fréquemment à un suicide sur les lieux de travail. Deuxmécanismes souvent efficaces protégeaient les travailleurs contre l’évolution vers la dépression. Dans les milieux de travail, traditionnellement tenus par des hommes, se déployaient des stratégies de défense élaborées collectivement : la souffrance y était considérée comme dérisoire, le courage, l’endurance, l’indifférence à la douleur étaient les seules attitudes dignes d’un homme, la peur nepouvait toucher que les personnalités efféminées et méprisables. La seule manière d’échapper à la honte de ses faiblesses et de ne pas perdre son appartenance à la communauté de travail était de médicaliser les plaintes (ce mécanisme a mené entre autres à l’élaboration du syndrome subjectif post-commotionnel). En outre, des conduites d’entraide et de solidarité se déployaient autour du collègue ensouffrance, le collectif de travail remplissait une fonction de prévention des décompensations.

Le rapport entre le suicide et le travail
Les suicides et tentatives de suicide sur les lieux du travail apparaissent à partir des années 90. Auparavant, le phénomène était surtout décrit chez les petits exploitants agricoles menacés de faillite et chez les salariés agricoles, soumis à des conditions detravail pénibles et vivant sur leur lieu de travail. L’information ne touche vraiment le grand public que vers 2007, avec les séries de suicides chez Renault, Peugeot et EDF. A l’époque, les directions rejettent toute responsabilité en invoquant le terrain dépressif des victimes. Les collègues des victimes sont réticents à parler du drame, les syndicats sont mal outillés pour affronter cesquestions, les médecins du travail sont souvent dissuadés de se mêler de ces affaires. L’idée que le suicide puisse être une issue à des problèmes de travail jette le trouble et l’inquiétude, elle est niée, rejetée. Tout cela concourt à ce que les investigations sur l’événement s’arrêtent avant d’avoir commencé. En général, lors d’un suicide sur le lieu de travail, seule la police intervient et elles’arrête au diagnostic légal : suicide. La direction se déclare désolée mais n’y est pour rien. Aucune parole n’est déployée pour dégager le sens de l’acte. Outre les effets désastreux de ce silence pour la famille du défunt, l’absence de réaction sur ce diagnostic signifie pour ceux qui restent que rien ne sera fait pour comprendre les raisons de l’acte, ni pour transformer l’organisation du travail.C’est ainsi qu’un seul suicide peut tellement aggraver la dégradation du tissu social de l’entreprise que, dans un bref délai, un ou plusieurs nouveaux suicides suivent. La première question sera de déterminer s’il y a un rapport entre le suicide et le travail. Ce rapport ne fait aucun doute en cas de suicide sur le lieu de travail ou si un écrit est laissé par le suicidé. Il faudra ensuiteinterpréter ce rapport entre
Santé conjuguée - janvier 2010 - n° 51

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Mots clefs : travail, suicide, santé mentale.

LE TRAVAIL

OU LA SANTÉ ?

suicide et travail. Trois types d’interprétation s’opposent. • Le stress est la première interprétation évoquée. Dans cette approche, les contraintes de travail ne sont pas totalement évacuées, mais c’est surtout la façon dont l’individu gère...
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