Article autrui de dupoux

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Thierry Dupoux AUTRUI I. L’intersubjectivité comme essence de la conscience 1. La réfutation du solipsisme

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Le solipsisme est une philosophie selon laquelle la seule réalité qui nous soit directement accessible est notre propre existence à titre de sujet pensant. C’est le cas de la philosophie de Descartes, telle qu’elle a été parfois interprétée à partir de la première Méditation (voirl’ouvrage Les méditations métaphysiques). En effet, le doute par lequel commence la réflexion consiste à supprimer notre croyance spontanée en l’existence du monde extérieur, dans la mesure où cette croyance se fonde exclusivement sur le témoignage de nos sens dont nous savons qu’ils peuvent être trompeurs. Mais, supprimer par le doute l’existence du monde extérieur, c’est découvrir notre propreexistence en tant que sujet. L’acte par lequel nous mettons le monde à distance par le doute est en même temps l’acte qui nous permet de nous différencier des objets, du monde en général. Le sujet, en se mettant à distance du monde, découvre sa propre existence au sens où il s’aperçoit qu’il n’a pas disparu avec le monde et qu’il subsiste dans l’acte même par lequel il déploie cette distance. Douter,c’est dépasser l’étonnement qui nous révèle une existence n’ayant pas disparu avec le monde, notre propre existence à titre de sujet pensant. Le doute incite le sujet à se détourner du monde extérieur afin d’effectuer une réflexion sur lui-même. La seule existence qui résiste au doute est donc celle du sujet pensant qui, en supprimant sa croyance au monde extérieur, se découvre comme étantimmédiatement présent à lui-même. C’est la célèbre affirmation : « Je suis ; j’existe. ». Or, on voit clairement que dans cette affirmation il n’y a tout d’abord aucune place pour l’existence d’autrui. En effet, l’acte de réflexion sur soi permet au sujet d’avoir la certitude immédiate d’exister pour lui-même, certitude qui n’est conditionnée ni par l’existence du monde, ni par celle d’autrui. Autrement dit,même si je n’existe pas pour autrui je peux néanmoins avoir la certitude d’exister pour moi-même en me fondant exclusivement sur le témoignage de ma propre conscience. La conscience de soi est précisément l’acte de la réflexion par lequel le sujet devient immédiatement à lui-même son propre objet, l’ acte par lequel il se pose en sa réflexion comme existant pour soi (cf. Fichte). Si on peutparler de solipsisme, c’est au sens où la présence d’autrui n’est donc pas posée dans l’acte instantané de la réflexion par lequel le sujet se pose comme existant pour soi. C’est donc indépendamment et en dehors de la présence d’autrui que le sujet se découvre comme présence immédiate à soi. Mon existence est donc la seule réalité qui me soit immédiatement et absolument donnée, sans qu’il soitnécessaire de passer par l’intermédiaire du monde ou celle d’autrui. À ce titre, elle est seule l’objet d’une intuition évidente, obéissant aux principales caractéristiques de l’évidence selon Descartes. En effet, est évident ce qui se présente si clairement et distinctement à mon esprit qu’il n’est pas en mon pouvoir d’en douter. Si l’intuition de mon existence relève de l’évidence, c’est dans la mesureoù elle se donne immédiatement à moi sans intermédiaire. Il nous reste à préciser en quoi la certitude de mon existence se fonde sur l’activité de la pensée. Douter, c’est suspendre notre croyance en l’existence du monde et ne plus se fier au témoignage de nos sens. C’est affirmer que le monde, tel qu’il apparaît immédiatement à nos sens, est constitué d’apparences trompeuses, comme lorsque nouscroyons que c’est le soleil qui tourne autour de la terre. Mais si je pense que tout n’est qu’apparence, que tout ce que je vois est trompeur, je découvre alors qu’il ne dépend que de moi de ne pas me laisser abuser. Prendre conscience de l’apparence, c’est découvrir que l’on porte en soi-même un pouvoir de résistance et d’opposition à l’apparence. Si douter c’est s’apercevoir que tout n’est...
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