Baudelaire, le joujou du pauvre

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  • Publié le : 10 juin 2010
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LE JOUJOU DU PAUVRE Je veux donner l’idée d’un divertissement innocent. Il y a si peu d’amusements qui ne soient pas coupables! Quand vous sortirez le matin avec l’intention décidée de flâner sur les grandes routes, remplissez vos poches de petites inventions à un sol, — telles que le polichinelle plat mû par un seul fil, les forgerons qui battent l’enclume, le cavalier et son cheval dont laqueue est un sifflet, — et le long des cabarets, au pied des arbres, faites-en hommage aux enfants inconnus et pauvres que vous rencontrerez. Vous verrez leurs yeux s’agrandir démesurément. D’abord ils n’oseront pas prendre; ils douteront de leur bonheur. Puis leurs mains agripperont vivement le cadeau, et ils s’enfuiront comme font les chats qui vont manger loin de vous le morceau que vous leur avezdonné, ayant appris à se défier de l’homme. Sur une route, derrière la grille d’un vaste jardin, au bout duquel apparaissait la blancheur d’un joli château frappé par le soleil, se tenait un enfant beau et frais, habillé de ces vêtements de campagne si pleins de coquetterie. Le luxe, l’insouciance et le spectacle habituel de la richesse, rendent ces enfants-là si jolis, qu’on les croirait faitsd’une autre pâte que les enfants de la médiocrité ou de la pauvreté. A côté de lui, gisait sur l’herbe un joujou splendide, aussi frais que son maitre, verni, doré, vêtu d’une robe pourpre, et couvert de plumets et de verroteries. Mais l’enfant ne s’occupait pas de son joujou préféré, et voici ce qu’il regardait : De l’autre côté de la grille, sur la route, entre les chardons et les orties, il y avaitun autre enfant, sale, chétif, fuligineux, un de ces marmots-parias dont un œil impartial découvrirait la beauté, si, comme l’œil du connaisseur devine une peinture idéale sous un vernis de carrossier, il le nettoyait de la répugnante panne de la misère. A travers ces barreaux symboliques séparant deux mondes, la grande route et le château, l’enfant pauvre montrait à l’enfant riche son proprejoujou, que celui-ci examinait avidement comme un objet rare et inconnu. Or, ce joujou, que le petit souillon agaçait, agitait et secouait dans une boite grillée, c’était un rat vivant! Les parents, par économie sans doute, avaient tiré le joujou de la vie elle-même. Et les deux enfants se riaient l’un à l’autre fraternellement, avec des dents d’une égale blancheur. C. Baudelaire, Le Spleen de Paris.a. Compréhension 1. Repère les deux parties dans lesquelles se divise le récit, et donne-leur un titre. 2. Qu’est-ce que l’auteur suggère-t-il au lecteur de faire avec « des petites inventions à un sol » ? Pourquoi ? 3. Explique la similitude des chats. 4. Chacun des deux enfants appartient à un monde différent ; comment l’auteur montre-t-il l’harmonie et l’unité à l’intérieur de chacun de cesdeux mondes, et la division entre eux ? 5. Explique la similitude de la « peinture idéale ». 6. Quelle attitude les deux enfants ont-ils envers leurs joujoux réciproques ? 7. Pourquoi l’enfant riche est-il attiré par le joujou du pauvre ? 8. Que veut dire que les parents « avaient tiré le joujou de la vie elle-même » ? 9. Commente la tout dernière phrase : que veut dire le rire des deux enfants, etpourquoi l’auteur souligne-t-il que leurs dents ont une « égale blancheur » ? 10. Quel rapport y a-t-il entre les deux parties du récit ?

Réponses possibles: 1. Partie A: De « Je veux... » à « ... de l’homme ». Conseil et morale Partie B : De «Sur une route...» à la fin. Exemple pratique 2. L’auteur suggère au lecteur d’offrir à des enfants pauvres « des petites inventions d’un sol», parce queavec de telles inventions suscitent dans ces enfants une grande joie.

3. Les enfants pauvres seraient comme des chats qui, méfiants des humains, s’éloignent pour manger la nourriture qu’ils reçoivent de leurs mains, mais se réjouissent de ce qu’ils ont reçu. Les humains correspondent donc aux riches qui peuvent se permettre de donner à manger à des enfants plus pauvres. 4. L’enfant riche...
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