Braudel

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Fernand BRAUDEL – La dynamique du capitalisme
(Conférences prononcées à l'université Johns Hopkins en 1976) (" Champs "/Flammarion n°192, éditions Arthaud, 1985)

Sommaire Chapitre I : En repensant à la vie matérielle et à la vie économique Chapitre II : Les jeux de l'échange Chapitre III : Le temps du monde Chapitre I : En repensant à la vie matérielle et à la vie économique Ce chapitre estconsacré à la justification de l’intérêt de l’histoire économique, par rapport à l’histoire " noble ". La période qui s’étend entre le XVe et le XVIIIe siècle, qui fait l’objet de cette étude, voit se développer considérablement les échanges et les villes, non seulement en Europe, mais aussi dans d’autres parties du monde. Chapitre II : Les jeux de l'échange Il convient de distinguer économie demarché et capitalisme, tout en gardant à l'esprit que jusqu'au XVIIIe siècle, les actions des hommes restent majoritairement cantonnées à la vie matérielle. L'économie de marché assure la liaison entre la production et la consommation. Entre le XVe et le XVIIIe siècle, on observe un élargissement de la sphère de l'économie de marché, comme le prouve la variation des prix de marché, et ceci nonseulement en Europe, mais dans le monde entier. Les différents marchés du monde sont reliés entre eux à travers l'échange de quelques rares marchandises et de métal précieux. Mais le marché n'est pas encore autorégulateur : " Peut-on oublier combien de fois le marché a été tourné ou faussé, le prix arbitrairement fixé par les monopoles de fait ou de droit ? Et surtout, en admettant les vertusconcurrentielles du marché (...) il importe de signaler au moins que le marché, entre production et consommation, n'est qu'une liaison imparfaite, ne serait-ce que dans la mesure où elle reste partielle " (p. 48). Le capitalisme, quant à lui, ne se laisse définir que par l'interaction entre capital et capitaliste. Il n'y a pas de société sans capital, mais la figure du capitaliste n'apparaît guère qu'à lafin du Moyen Âge. On peut distinguer deux formes d'économie de marché :
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La forme A regroupe " les échanges quotidiens du marché, les trafics locaux ou à faible distance : ainsi, le blé, le bois qui s'acheminent vers la ville la plus proche ; et même les commerces à plus large rayon, lorsqu’ils sont réguliers, prévisibles, routiniers, ouverts aux petits comme aux grands marchands (...) - jepense à ces " flottes " de chariots allemands venant chercher, chaque année, le vin blanc de l'Istrie " (p. 54). La forme B est caractérisée par son caractère aléatoire, " fuyant la transparence et le contrôle ". On peut en prendre comme exemple le " private market " des campagnes anglaises, dont l'importance grandit à partir du XVe siècle à côté du marché traditionnel et contrôlé (" public market") : achat par le marchand directement auprès du producteur, et même parfois contrats à terme. Il s'agit d'un échange inégal, puisque le marchand est le seul à connaître le marché aux deux bouts de la chaîne. Plus celleci s'allonge et plus la fixation des prix échappe aux règles et aux contrôles habituels, au point qu'on peut parler d'un " contremarché ". Cette forme B est réservée à une classe demarchands et de négociants, qu'on retrouve sous des noms différents dans le monde entier, et qu'on peut nommer capitalistes, caractérisés par la masse de capitaux qu'ils détiennent et peuvent investir à long terme.

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On a donc parmi les participants à l'échange deux grandes catégories hiérarchisées et compartimentées. Les participants à la forme A sont très tôt touchés par la division dutravail : leur activité est limitée à un seul secteur. Au contraire, les capitalistes ne sont presque jamais spécialisés (autrement que dans le commerce exclusif de l'argent, mais sans succès durable) jusqu'au XIXe siècle. Cette absence de spécialisation des capitalistes ne semble pas due à une volonté de diversification pour limiter les risques, mais plutôt à l'étroitesse et au caractère...
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